Médor, un mook belge qui a du chien

Médor, un mook belge qui a du chien

Saviez-vous que 60% des articles sur les réseaux sociaux n’ont pas été lus avant leur partage [1] ? Médor, MOOK belge, prend le contrepied de cette immédiateté et de la surcharge de l’information. Un projet de slow journalism plein de Belgitude, percutant de qualité. Décortiquée, l’actualité se vit à travers le prisme de l’interrogation individuelle du lecteur.

Ce trimestre dans Médor n°8, ce que nous percevons est-il réellement la réalité ? Un coup de pied qualitatif dans la fourmilière de l’information que l’on ne peut que saluer !

Laissez-moi vous présenter Médor. Médor, pour ceux qui ne connaissent pas, est un MOOK belge. Un quoi ? Un MOOK (prononcez « mouque », comme « couque[2] », mais avec un « m »)! Une contraction anglophone de « magazine » et « book » (oui voilà comme brunch[3], en version littéraire), magazine-livre si vous préférez, dont le contenu « privilégie les grands reportages et les enquêtes approfondies[4] ».

A la manière du slow food[5], les mooks représentent une espèce en voie de développement : le slow journalism. A l’ère du numérique, ils prennent le contrepied de l’immédiateté et du volume toujours croissant de l’information : les journalistes qui y travaillent se concentrent sur l’investigation, afin de délivrer une information de qualité, tant sur le fond, que sur la forme.

Fort du constat que la masse d’informations à laquelle nous faisons face depuis le début des années 2000 pouvait parfois nous surcharger au point de nous perdre, et que la productivité demandée au journaliste desservait son travail traditionnel, le besoin s’est fait sentir d’inverser la tendance grâce à un modèle alternatif : le mook : un magazine édité quelques fois par an, où l’on privilégie le plaisir de la lecture, le graphisme, et la qualité rédactionnelle.

Médor, un XXI à la Belge ? Ja maar nee[6] !

Médor est donc né en 2015. Ce trimestriel est, comme son nom ne l’indique pas, belge. Et la belgitude, c’est dans son ADN à Médor (le mook, pas le chien de mamie). Il le dit d’ailleurs lui-même : « Comme chacun d’entre nous, Médor ne sait pas exactement ce que veut dire être belge. Mais il continue de chercher et vous en parle dans chaque numéro[7]. »

Il investigue Médor

Plusieurs mois s’écoulent entre le moment où le journaliste débute son enquête et la publication du texte. Des parrains aident le journaliste dans sa tâche qui transmet une première version de son texte qui sera revu entre 5 et 15 fois. Le journaliste affine l’information afin qu’elle devienne plus sobre et précise.

Il est libre Médor

Médor a en un intérêt public. Il vise « la création, publication et diffusion d’une revue consacrée aux enjeux de société de manière large. Il tire sa dénomination de la volonté de ses journalistes d’exercer leur mission de chiens de garde de la démocratie »[8].

 

L’ensemble de sa ligne éditoriale est libre. Cette liberté est assurée notamment par son mode de financement : Médor a la forme d’une coopérative. Celui qui le souhaite peut financer le projet par achat de parts. Il exprimera son avis sur l’ensemble des décisions organisationnelles, et non rédactionnelles, du magazine. Notez d’ailleurs que la coopérative se porte bien et qu’elle vend 7000 exemplaires par numéro, ce qui est un chiffre respectable en Belgique francophone. (La part étant à 20 EUR, ça ferait un beau cadeau d’anniversaire pour n’importe qui. Enfin, je dis ça, je dis rien[9].)

La liberté de la ligne éditoriale se manifeste également par le fait que le magazine n’a pas de rédacteur en chef attitré. Chaque numéro est en piloté par deux rédacteurs du magazine, selon une tournante.

L’indépendance du magazine se retrouve également dans son rapport aux logiciels utilisés. En effet, Médor est le premier magazine de presse belge dont le graphisme est entièrement réalisé en logiciels libres.

“Médor n’est pas un.e chien.ne”

Je lui laisse la parole : « Sans aller jusqu’à croquer des mollets, comment utiliser notre outil premier, l’écriture, pour rendre leur place aux femmes ? (…)Comme quoi, combattre les décisions de vieux perruqués à la langue congelée, cela passe avant tout par la pratique quotidienne, dans les journaux comme sur nos cartes de visite. Dans un esprit ouvert, positif et non moralisateur.

Pour les journalistes, cela participe à un défi plus large, et plus urgent encore : donner la parole aux femmes. Et pas uniquement dans les articles consacrés aux couches lavables. (…)Résultat : les femmes occupent moins de 18 % de l’information. (…) Pendant que les deux pilotes (de sexe féminin) (…) de Médor méditent sur ces chiffres interpellants, leurs mecs, bien dans leur siècle, gardent les enfants. C’est ça aussi faire un média innovant. [10]»

Bim bam boum, Médor est un.e féministe !

Ce trimestre dans Médor : les apparences trompeuses

Dans Médor n°8, vous serez plongés dans le dessous des cartes du black carbone, de l’importation parallèles de médicaments ou encore de bières brassées avec peu de sagesse, en passant par les impacts environementaux d’une grande entreprise active dans le dragage, ou l’interview d’un membre élu du PTB et celle, posthume d’un ex-nobellisable, accusé de pédophilie à 92 ans qui revient sur sa chute aux enfers. Le tout, illustré par des photos d’animaux qui semblent plus vrais que nature.

Mais ce que nous percevons est-il réellement la réalité ?

 

[1] “Social Clicks: What and Who Gets Read On Twitter?”, étude réalisée conjointement par l’Université de Columbia et l’Institut de France, 2016, https://hal.inria.fr/hal-01281190/document

[2] Viennoiserie, en Bruxellois

[3] Contraction de breakfast et lunch, désignant un repas sucré-salé pris le plus souvent le week-end, entre 11h et 15h (connotation assez bobo, excuse pour boire un verre d’alcool et manger ce que tu veux le lendemain de la veille) (note à moi-même, en deux lignes, j’ai parlé deux fois de nourriture. Je vous ai déjà parlé de ma passion pour cette dernière ?)

[4] Source : Wikipédia

[5] J’ai faim, on l’aura tous compris !

[6] Oui mais non

[7] https://medor.coop/fr/magazine/

[8] idem

[9] Je précise que je n’ai aucun intérêt personnel à cette suggestion, sinon le soutien d’un but social que je trouve noble. Ceci ne peut pas être considéré comme une recommandation d’investissement

[10] https://medor.coop/fr/article/edito/

 

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