Petit pays, Gaël Faye, un coup de coeur pour une plume délicate

Petit pays, Gaël Faye, un coup de coeur pour une plume délicate

Un roman fiction issu d’une chanson autobiographique. L’enfance joyeuse d’un petit garçon lucide et de sa bande de copains au Burundi, avant l’arrivée de la guerre civile et du génocide au Rwanda, dans leur quartier qu’ils voulaient croire inattaquable. Leur vie paisaible, douce, qui va se disploquer avant qu’ils ne soient éclatés partout dans le monde et portent alors le nom de réfugiés.

Une plume délicate, où la lumière n’est jamais très loin de l’ombre. Petit pays apporte au lecteur un point de vue antérieur à la guerre, et ne limite donc pas le réfugié à la raison pour laquelle il a quitté son pays, c’est-à-dire à la guerre et à la violence qu’il a fuies, mais le replace dans un contexte plus général de vie, similaire à celle de tout autre enfant du monde avant le feu des balles. A l’heure des attentats et du rapprochement de luttes qui semblaient lointaines, à celle des migrants qui ont fui leur pays pour arriver à nos portes, Gaël Faye nous aide à apporter un regard neuf sur un petit pays, dont l’histoire ne se limite malheureusement pas à celle du Burundi.

D’abord, une chanson autobiographique

« Petit pays, pendant trois mois, tout le monde t’a laissé seul

J’avoue, j’ai plaidé coupable de vous haïr

Quand tous les projecteurs étaient tournés vers le Zaïre

Il fallait reconstruire mon p’tit pays sur des ossements

Des fosses communes et puis nos cauchemars incessants »

Ces paroles sont extraites de « Petits pays », de Gaël Faye. Non pas le roman, mais la chanson, écrite quelques années avant le roman éponyme en lice pour tous les concours littéraires de la rentrée 2016. Car avant d’être écrivain, Gaël Faye était musicien et avait déjà raconté sa vie, son exil du Burundi, lui, le fils d’un père expat français et d’une mère Burundaise, grâce à son album autobiographique « Pili pili sur un croissant au beurre », d’où est extraite « Petit Pays »[1].

 

Ecrire, Gaël Faye a commencé à le faire à 13 ans, quelques jours avant de quitter le Burundi où il vivait depuis deux ans avec la guerre qui semblait éloignée de la vie d’expatriés. Jusqu’au jour où des Belges et Italiens ont été attaqués, et où le retour en France était plus qu’une option. Il indique dans une interview à RFI « J’ai écrit certainement parce que j’avais peur et lorsque je suis arrivé en France, parce que je ne comprenais pas la société française, je ne comprenais pas ma place, ni ce qui s’était passé, etc. J’ai continué à écrire comme ça, pour moi, pour m’expliquer les choses. Puis (…) j’ai fait des chansons de rap. (…) Puis il y a quelques années pour mon album Pili pili sur un croissant au beurre, une éditrice m’a conforté dans l’envie que j’avais d’explorer d’autres champs d’écriture. C’est comme ça que j’ai commencé à écrire Petit pays. (…) ».

Ensuite, un roman fiction

Gabriel a 10 ans en 1992. Il vit au Burundi, avec son père français, sa mère rwandaise, et sa sœur, métisse tout comme lui. Il mène une existence douce et paisible dans son quartier d’expatriés avec sa bande de copains qu’il retrouve dans un vieux combi VW pour faire les quatre cents coups.

La question de savoir s’il est Français ou Tutsi, Gabriel ne se l’est jamais posée. Il sent pourtant la réponse s’imposer à lui suite à la guerre civile qui sévit au Burundi et au génocide dans le pays voisin. Il comprend la violence que son oncle Pacifique avait prédite. Il voit Gino, son meilleur ami, les yeux pleins de haine. Il tente alors de survivre et de comprendre avec son regard d’enfant, ce qui peut être compris de tels drames.

L’ambivalence du récit

Petit pays est un roman ambivalent. Il nous fait découvrir la douceur de l’enfance, la vie jadis paisible du Burundi avec son odeur de citronelle, ses siestes l’après-midi, sa chaleur. Il nous montre également sa violence, son agressivité, son ciel assombri.

Gaël Faye nous émerveille et nous fait rire aux côtés de Gabriel, tandis qu’il nous plonge également dans les recoins de ses interrogations presque macabres d’enfant de la guerre.

La lumière ne quitte jamais totalement l’ombre, ce qui la rend plus que probablement encore plus éclatante.

Un regard antérieur à la guerre

Le lecteur se plonge dans le point de vue subjectif d’un petit garçon, avec sa propre histoire, sur la guerre civile. Le fait que le personnage principal soit un enfant métisse, avec une mère rwandaise, qui porte en elle les massacres des Tutsis, et un père français, qui vit le luxe d’un expatrié en Afrique, questionne sur l’appartenance et l’identité tout en apportant de la douceur et de l’innonce au récit.

Petit pays apporte au lecteur un point de vue antérieur à la guerre, et ne limite donc pas le réfugié à la raison pour laquelle il a quitté son pays, c’est-à-dire à la guerre et à la violence qu’il a fuies, mais le replace dans un contexte plus général de vie, similaire à celle de tout autre enfant du monde avant le feu des balles.

A l’heure des attentats et du rapprochement de luttes qui semblaient lointaines, à celle des migrants qui ont fui leur pays pour arriver à nos portes, Gaël Faye nous aide à apporter un regard neuf sur un petit pays, dont l’histoire ne se limite malheureusement pas à celle du Burundi.

(4,5 / 5)Gaël Faye, Petit pays, éd. Grasset, 224 p., 18 EUR

[1] http://www.rfi.fr/culture/20160908-gael-faye-petit-pays-absolument-pas-histoire

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