D’après une histoire vraie, la manipulation dans l’auto-fiction

D’après une histoire vraie, la manipulation dans l’auto-fiction

Delphine, la narratrice, souffre du syndrôme de la page blanche. Elle se lie d’amitié avec L., qui lui propose son aide dans la reprise de son travail littéraire. Dès la première page, un compte à rebours semble enclenché : l’amitié se transforme en étau qui tout doucement se resserre autour de Delphine. En lisant « Rien ne s’oppose à la nuit »,vous vous interrogerez sur le succès soudain que peut rencontrer un auteur, vous ne connaîtrez sûrement pas la limite entre le réel et la fiction mais vous passerez un moment sous apnée, haletant avec Delphine (de Vigan).

Une manipulation amicale, sur fond de questionnement du travail d’écrivain

Delphine, auteure, est en panne d’inspiration. Elle ne s’attendat pas au succès fulgurant de son dernier roman, une saga familiale, et ne sait pas ce qu’elle peut écrire « après ça ».

Un soir, épuisée après une dédicace, elle rencontre L. Lumineuse, enjouée, extravertie, tout le contraire de Delphine. Elles se lient d’une amitié-passion tandis que le moral de Delphine, décroît encore avec la réception de lettres anonymes l’accusant d’avoir traîné sa famille dans la boue dans son dernier roman.

A défaut d’avoir confiance en elle, Delphine a confiance en L. qui propose de l’aider à retrouver son inspiration. L. la pousse à écrire le roman qu’elle veut lire : une biographie, non une fiction. L’amitié devient alors quasi exclusive entre les deux femmes. Exploitant à merveille les failles de Delphine, L. parvient subtilement à prendre plus de place dans la vie de l’auteure qui ne pense désormais plus qu’à travers elle. L’isolement total de Delphine la pousse à prendre conscience du déséquilibre de la relation mais l’étau s’est déjà resseré autour d’elle : L. a pris sa place.

Un compte à rebours sous apnée

Avant « D’après une histoire vraie », j’avais lu « No et moi », « Les heures souterraines » et « Rien ne s’oppose à la nuit ». Oui, tous les précédents romans de Delphine de Vigan.

Après « Rien ne s’oppose à la nuit », que j’ai dévoré et qui m’a poursuivi plusieurs jours après l’avoir rangé dans ma bibliothèque, j’avais des attentes assez irréalistes quant à la prochaine œuvre de Delphine de Vigan. J’ai donc naturellement ressenti un peu de déception : l’auteure me semble avoir moins travaillé la trame narrative de son dernier roman par rapport au précédent. La déception s’arrête cependant là.

Le rythme du roman quant à lui s’intensifie au cours de la lecture. Un compte à rebours semble enclenché depuis la première page, et le temps nous donne l’impression de filer de plus en plus vite tandis que l’étau de L. se resserre autour de Delphine.

L’inspiration de faits réels décrite par un écrivain

Ayant des difficultés à distinguer le « vrai » du « faux », ce roman nous interroge sur le travail de l’écrivain et sur le réalisme en littérature. Roman « inspiré de faits réels » : Delphine, auteure, en panne d’inspiration rencontre une amie qui prend possession de son esprit. Vous ne connaîtrez sûrement pas la limite entre le réel et la fiction en lisant « Rien ne s’oppose à la nuit », mais vous passerez un moment sous apnée, haletant avec Delphine (de Vigan).

Je vous laisse découvrir une interview de l’auteure, ainsi que la bande-annonce de l’adaptation cinématographique

(4 / 5), Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, éd. JC Lattès, 2015, 484 p., 20 EUR

Prix Renaudot 2015, Goncourt des lycéens 2015

 

Suivre:
Partager:

1 Commentaire

  1. 19 novembre 2017 / 20 h 18 min

    Je n’ai pas été déçue par son dernier opus bien que Rien ne s’oppose à la nuit soit un de mes livres préférés, je n’ai pas trouvé la trame moins travaillée, que du contraire. Mais bon les goûts, les couleurs et les ressentis… 😉 Je découvre ton blog et j’ai bien aimé ton article, je repasserai!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *