L’histoire sécrète de Rosa, déportée, racontée par son petit-fils

L’histoire sécrète de Rosa, déportée, racontée par son petit-fils

Maurice est artiste. Bon à rien, dirait son père qui l’entretient jusqu’au jour où il décide qu’il le paiera pour une bonne raison : l’écriture d’un roman. 30 euros la page. A défaut, il lui coupera les vivres.

L’histoire secrète de Rosa

Maurice, mû par le désir de vengeance de la domination paternelle, rédige l’histoire de Rosa, sa grand-mère. Cette histoire, tous, y compris son père, l’ignorent. Rosa a été déportée. Elle était italienne et juive. Son fils, le père de Maurice, lui qui se veut être un bon catholique, l’est donc également. Encore faudrait-il pour le savoir qu’il lise les pages que lui transmet son fils.

Deux époques, deux vies réunies

Peu importe, le désir de vengeance laisse place à la curiosité : Maurice se prend au jeu de la découverte de son histoire familiale. Dans son Bruxelles populaire, il s’imprègne de la vie de Rosa, parcours les carnets que son grand-père lui avait fait acheter et sur lesquels il avait scrupuleusement indiqué l’histoire secrète que son aïeul lui contait.

Une mise en abîme narrative intéressante

Roman dans le roman, Maurice narre la rédaction du roman « Rosa », que nous lisons. Le Bruxelles populaire des années 2000 du petit-fils côtoie l’Italie fasciste des années 30 de la grand-mère. Deux ambiances, deux lieux, deux histoires, reliés par une lignée familiale.

Bien que j’ai préféré l’immersion dans l’Italie mussolinienne d’avant-guerre à celle de la vie bruxelloise de Maurice, la mise en abîme narrative apporte tout son intérêt au roman, jusqu’au dénouement de l’histoire qui n’en constitue plus qu’une seule.

Un roman juste et émouvant

J’ai particulièrement apprécié l’atmosphère se dégageant des descriptions italiennes de Rosa. Les paysages des Cinqueterre, l’armoire bleue sur fond ocre, le rire de la vieille Carmela, la sauce tomate de la trattoria familiale. L’Italie est à nos pieds. Malheureusement pour Rosa et pour tant d’autres, elle a chaussé sa propre forme.

Loin des sujets polémiques dont Marcel Sel est friand sur son blog, l’auteur nous livre un premier roman traitant d’un sujet historique avec justesse et émotion, avec en toile de fond le destin d’une femme libre, fidèle à ses convictions. Rien d’étonnant à ce que “Rosa” ait été finaliste du Prix Rossel 2017.

(3,5 / 5)Marcel Sel, Rosa, On Lit, 300 p., 19,5 EUR

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