Le virus blond touche l’Europe, interview de Clarke

Le virus blond touche l’Europe, interview de Clarke

Un virus blond se propage à travers l’Europe. Les enfants d’immigrés sont touchés. Bientôt, des émeutes et des attentats. Le généticien capable de le faire ne souhaite cependant arrêter la propagation du virus. La nature remettra les choses dans l’ordre d’après lui. Avec Les Danois, Clarke nous livre une BD semi-réaliste où le hasard est un personnage omniprésent. Nous offrant sa vision du monde que l’on pourrait presque considérer idéaliste, il nous livre un récit absurde, parfois drôle, sur un sujet qui ne l’est pas de prime abord.

La propagation du virus blond

Copenhague, de nos jours. Sorraya Safieddine, jordanienne, accouche d’un bébé blond aux yeux bleus. Le test ADN effectué prouve pourtant que le père est bien son mari, jordanien lui aussi. Ce bébé blond aux yeux bleus sera le premier d’une longue série d’enfants d’immigrés atteints du virus “blond aux yeux bleus”, à travers tout l’Europe, malgré leur absence d’origines européennes. 

Un généticien, Martin, pense avoir trouvé la clé permettant d’endiguer ce rétrovirus. Malgré le climat de tension entre la population et les forces de l’ordre et les émeutes, il ne souhaite pas aider au  développement de son vaccin, préférant laisser la nature propager la maladie.

Clarke, de Mélusine à Les Danois

Clarke est un dessinateur et scénariste belge de bande dessinée. Après avoir dessiné la frimousse de Mélusine, et lui avoir ensuite donné la parole dans le journal de Spirou, il a œuvré au Fluide glacial. Après Les Étiquettes, un album autobiographique, et Réalités Obliques, recueil de contes étranges et angoissants, il a signé au Lombard le projet Dilemma l’an dernier, BD à deux fins alternatives. Il revient aujourd’hui avec un récit d’anticipation au style semi-réaliste, Les Danois.  A l’occasion  de la sortie de cette dernière, j’ai eu la chance, et le plaisir (que j’espère partagé!), d’échanger avec lui.

 

Le hasard, un personnage omniprésent

L’histoire de Les Danois, Clarke l’a imaginée suite à deux conversations. L’une avec Zidrou, au cours de laquelle ils évoquaient Les Promeneurs sous la lune, un album dans lequel le somnambulisme est contagieux. L’autre avec Stéphane Colman, échangeant au sujet des yeux bleus, issus d’une mutation génétique accidentelle. “Deux conversations à une semaine d’intervalle, le hasard! J’ai donc pu les relier!”, m’ indique Clarke.

Car le hasard est une personnage omniprésent de cette bande dessinée. Et pour Clarke, ce hasard n’est pas tragique. Au contraire, il fait plutôt bien les choses. A l’instar du personnage principal de Martin, qui le représente , “C’est le personnage qui m’a été le plus facile à me représenter puisqu’il est inspiré de ma propre personne”, Clarke a en effet foi en un juste retour des choses, “en une harmonie de la nature”, dit-il poétiquement. “Attention”, me précise-t-il cependant à deux reprises, “Martin aborde les événements avec une attitude cool, mais ce n’est pas un je m’en foutiste. Je suis pour une absence de contrôle, çar plus il y a de contrôle, plus il y a de conflits“. 

L’absurdité, voire la drôlerie, d’un tel virus 

Clarke ne souhaite pas faire passer un message avec sa BD, il précise qu’elle constitue la perception du monde à travers sa lorgnette, sans avoir une quelconque portée politique. Son idée de contagion du virus blond aux yeux bleus, c’est sa manière absurde à lui d’inverser la mixité qui, poussée à son paroxysme, donnerait exclusivement des individus plutôt bronzés aux cheveux crépus. Les blonds aux yeux bleus, c’est tout l’inverse!

Clarke se renseigne donc sur la possibilité de la propagation d’un tel virus. Grâce à l’aide d’un épigénéticien rencontré à Blois en séance de dédicaces (“Encore un hasard!”, s’exclame-t-il), il parvient à rencontrer virtuellement deux généticiens lui confirmant la probabilité, certes infime mais réelle, de son idée “farfelue”, “absurde”, comme il la nomme lui-même.

Il a donc eu l’idée d’inverser les rôles et la forme de menace  : de voir ce que cela donnerait non pas si les immigrés devenaient “contagieux”, mais si leurs hôtes l’étaient. D’ailleurs, il rappelle que le problème racial n’en est pas un puisque notre espèce, Homo sapiens, s’est mélangée avec plusieurs autres espèces humaines éteintes, rendant insensé le concept de race. “Les migrations ont toujours existé, ce n’est pas grave, ce n’est pas effrayant”, m’explique-t-il avec entrain.

D’où l’absurdité ultime, voire la drôlerie de son sujet. Même s’il m’indique d’un ton un peu plus grave, presque sur celui de la confidence, qu’il ne savait pas si l’on pouvait rire de tout, et que la question de savoir si les attentats devaient figurer dans la BD a été longuement discutée avec son éditeur, pour finalement décider de les laisser : Les répercussions sont partout, il fallait laisser les attentats car c’est la réalité”.

De réalité, il est aussi question dans le dessin pour cette première BD contemporaine de Clarke“C’était un exercice difficile pour moi, j’avais des gouttes de sueur qui perlaient sur mon front, mais j’y suis allé”. Il s’est donc exercé, et s’est inspiré de ses deux voyages à Copenhague pour dessiner la BD : “J’ai fait des photos, j’ai été boire un café dans le café qu’on voit dans la BD. Les gens, là-bas, avec leurs bonnets, les personnages leur ressemblent physiquement ! Ou Stevens Klint, l’endroit de la fin, il existe vraiment!”

La suite logique des choses

Quant à la fin justement (que je ne vous dévoilerai pas), de mon point de vue, la fin, ce n’est pas cette partie-là mais la toute dernière planche que j’ai trouvée presque “enchanteresse”, là où deux autres personnes l’avaient pensée idéaliste. Même si je n’avais pas pu l’anticiper (et que j’ai dévoré la BD pour y arriver justement!), cette fin constitue à mon sens l’aboutissement logique : du hasard, du laisser-faire, du juste retour des choses par la nature. 

Mon conseil : lisez cette BD, puis relisez-la en connaissant la fin. Vous appréhenderez peut-être l’histoire avec un regard neuf! 

Je remercie Clarke pour cette entrevue très agréable, ainsi que les éditions le Lombard qui m’ont donné l’opportunité de la réaliser! 

 

(4 / 5)Clarke, Les Danois, le Lombard, 104 p., 17,95 EUR

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