Un récit choral d’êtres fragiles, liés par leurs loyautés

Un récit choral d’êtres fragiles, liés par leurs loyautés

De loyautés, ces « contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes » comme l’auteur les nomme, il en sera tour à tour question avec les quatre narrateurs de ce roman choral, liés malgré eux par leurs illusions et leurs propres promesses. Leur point commun : une fragilité. Malgré la relative brièveté du récit et l’effleurement de la psychologie des personnages secondaires à mon sens, vous ne devriez pas hésiter à lire « Les loyautés » si la plume de Delphine de Vigan vous plaît. Vous retrouverez son style et sa capacité à vous happer dès la première page du roman.

Un récit choral d’êtres fragiles, liés par leurs loyautés

Hélène est prof de SVT au collège. Elle n’a pas oublié ses traumatismes d’enfance qu’elle pense retrouver chez Théo, un de ses élèves : « J’ai pensé que le gamin était maltraité. (…) je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière ». Elle projette sur lui ses propres peurs, la menant vers une fausse route.

Théo ne va pas bien pour autant : il rêve de passer de plus en plus de temps caché sous les marches d’un des escaliers du collège, à s’enivrer jusqu’à la délivrance. Mathis, son meilleur ami, prend conscience du danger que court Théo. Il souhaite le protéger, sans pour autant inquiéter sa maman, Cécile. Il a bien remarqué qu’elle commence à parler seule de plus en plus. Mais comment ne pas parler seule quand on comprend que son mari n’est pas celui que l’on croit ?

Les êtres fragiles de Delphine de Vigan

Après deux récits d’autofiction, « Rien ne s’oppose à la nuit » et « D’après une histoire vraie », Delphine de Vigan (“DDV”) renoue avec ses premières amours : l’histoire de discrets écorchés vifs via l’exploitation de leurs failles que l’on peut rencontrer dans « No et moi » et « Les heures souterraines » (que je vous conseille tous deux au passage !).

Mes attentes par rapport à ce roman étaient très élevées, en particulier suite à ses deux derniers romans dont je trouvais la trame narrative particulièrement bien construite. En comparaison, j’ai eu l’impression que la psychologie des personnages secondaires était effleurée du bout des doigts. J’aurais par exemple aimé en apprendre plus sur Frédéric,  William, le père de Théo, ou encore sur la professeure de sports, toujours au travers des quatre narrateurs.

Cependant, comme à l’habitude, la plume de DDV nous happe, et nous ne pouvons reposer le livre avant d’atteindre sa dernière page. Impossible de ne pas le lire d’une traite : nous voulons connaître le sort des personnages liés par leurs « loyautés ». Nous voulons en effet savoir si nos narrateurs successifs vont parvenir à les surmonter ensemble. Chaque lecteur décidera de ce point, laissant la magie de Vigan opérer.

  (3,5 / 5) Delphine de Vigan, les loyautés, éd. JC Lattès , 2018, 208 p., 17 EUR

Je remercie les éditions JC Lattès et Net Galley pour cette lecture.

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