Des amours russophiles, de l’époque de Lénine à celle de Poutine

Des amours russophiles, de l’époque de Lénine à celle de Poutine

Des amours russophiles empreintes de littérature et de politique

Marc Martouret, banquier, pense connaître l’histoire d’amour apparemment simple de son père René, communiste français, et de sa mère Tania, russe antisoviétique. Après leur rencontre en Russie pour le cinquantième anniversaire d’octobre 17, le jeune René tombe sous le charme de Tania qui l’accompagne en France. Ils se marient ensuite et ont trois enfants.

Sauf que lors d’un séjour à Moscou en2015, le banquier tombe amoureux d’une Russe, Tania, l’arrière petite-fille d’un certain Vladimir Dodikov, et la fille de Natalia, que René a tous les deux connus. De fil en aiguille, Marc découvre la douceur aigre de l’amour, à travers l’histoire de ses parents. Il ne se doute pas encore que cette dernière mêlera révolution, littérature, ambiguïtés, et secrets.

La justesse historique mêlée à la malléabilité de la langue

« Tout le pouvoir aux Soviets » : On doit cette formule à Lénine qui, en 1917, souhaite que le pouvoir appartienne aux paysans, aux ouvriers et aux soldats. Philippe Besson utilise ce slogan comme un clin d’oeil aux trois amours russophiles qui s’entrecroisent dans le récit.

Se faisant écho, les couples, chacun composé d’une Russe à la froideur séduisante, représentent une opportunité pour l’auteur de décrire l’exercice du pouvoir politique par les dirigeants de la Russie de l’époque dans laquelle ils évoluent.

Patrick Besson relate les faits historiques de manière correcte, précise et détaillée. La justesse du propos journalistique, attendu d’un chroniqueur du Point, est au rendez-vous, avec cette malléabilité de la langue propre aux écrivains, a fortiori les lauréats de prix prestigieux tels que le grand prix du roman de l’Académie française en 1985 pour Dara et le prix Renaudot dix ans plus tard pour les Braban.

« Tous les dictateurs ont été de grands lecteurs, des dictalecteurs »

« Avec le mari poli comme un galet par l’amertume. Leurs aragonades. J’aimais bien Louis »

Rédigé dans un style romanesque ne donnant à aucun moment l’impression de parcourir un essai, le roman aborde la littérature dans ses liens avec le pouvoir politique sous toutes ses formes qu’il permet de mettre en perspective l’un par rapport à l’autre.

« Pourquoi, comme Lénine, n’ai-je jamais pu écrire de vers ? Le vers est dans le fruit de la révolution d’Octobre, hurlait Maïakovski »

« Tout le pouvoir aux Soviets » est un roman d’amours plurielles, à la Russie, à ses hommes et ses femmes, à la littérature et à la politique, que les Russophiles, amateurs de littérature ou non, prendront plaisir à lire.

(3,5 / 5)Patrick Besson, Tout le pouvoir aux Soviets, Stock, 2018, 256 p. 19 EUR

 

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