Comment une femme peut-elle en aimer librement une autre dans les années 70?

Comment une femme peut-elle en aimer librement une autre dans les années 70?

Mia, Frankie et Linda, ces prénoms oubliés

En un coup de fil, son présent se rompt : Mia n’est plus.  Celle qu’elle n’a plus vu depuis quarante ans auparavant, celle qui lui a appris à aimer une femme lorsque l’on est une soi-même, n’est plus. Mia, ce nom qu’elle n’a plus prononcé depuis bien longtemps, fait surgir d’autres vestiges du passé. Ses souvenirs  de jeunesse, bien que poussiéreux, refont surface. Elle, la jeune fille d’en bas, brûlant de désir pour Frankie, que la rumeur dit attirée par une certaine Juliette. Elle qui se fiance alors qu’elle rencontre Linda. Elle qui, mariée, mère de trois enfants, vivra des amours lesbiennes, à une époque où même ce mot lui est inconnu.

La force à rebours des souvenirs enfouis

Avec « Trois amours de ma jeunesse », Danièle Saint-Blois semble exposer ses propres interrogations et émotions, tant le récit, rédigé à la première personne du singulier, nous apparaît brut. Les souvenirs paraissent en effet évoqués librement, dans la douleur de la perte de Mia, et couchés sur le papier avec une verve libératoire.

« On est là pour parler de Mia, de Frankie, et de Linda, de ces bonheurs, de ces malheurs, de nos amours mes adorées, de nos mensonges, de nos trahisons, de vos mensonges, de vos trahisons. »

Elle parvient à nous faire vivre l’effet boomerang des souvenirs enfouis, volontairement oubliés dans le trépas de notre être. Le décès du Mia constitue le point de départ de la remontée d’un fil d’Ariane, que l’on sait coupé par les trois Parques de la vie de la narratrice.

« La vie n’est que strates empilées d’amours et de désamours, d’amour et de silence.

Jusqu’au bout, Mia a choisi le silence. Alors tout est faux, l’amour qu’on se disait, l’amour qu’on se faisait (…). »

« Et j’ai rêve de Frankie. Ca devait arriver. Elle n’a jamais pu se satisfaire d’avoir le second rôle. »

« Ce samedi-là, en mois de temps qu’il ne faut pour l’écrire, je tombai éperdument amoureuse de l’amie de Frankie, Linda. C’est comme si une tornade m’avait traversée et dévastée. En un instant, je compris que je me perdais, un, en mariant, deux, en ne mariant pas. »

La libération de la parole des souvenirs

J’ai perçu au travers de « Trois amours de ma jeunesse », une histoire qui m’était contée, peut-être celle de l’auteure, femme de 70 ans, écrivaine, issue d’un milieu modeste, mariée et mère de trois enfants. Sans pour autant faire écho à mon vécu, l’auteure est parvenue à me toucher de manière directe. J’avais le sentiment d’écouter une vieille amie un peu sage dont son histoire n’est qu’un prétexte à la libération de la parole enfermée depuis trop longtemps des souvenirs de chacun.

(3 / 5) Danièle Saint-Bois, Trois amours de ma jeunesse, Julliard, 2018, 182 p., 18 EUR

 

 

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