Louis-Orphée, un névro-zébré sensible en quête de lui-même

Louis-Orphée, un névro-zébré sensible en quête de lui-même

Avant la lecture de son roman, j’étais vierge d’Eric Metzger. Je l’avais rencontré à la soirée de la remise du Grand Prix des Blogueurs Littéraires et nous avions discuté. Ce type plutôt pas grand (je ne jette pas la pierre Pierre mais c’est vrai qu’il est petit), au style un peu débraillé, avec les cheveux à moitié coiffés, qui se balançait nonchalamment sur une jambe et qui semblait en équilibre instable, je n’en avais jamais entendu parler, je n’avais aucune idée de qui il était ou n’était pas. Cet inconnu ne m’avait pas paru inintéressant et j’acceptai de recevoir son roman sans savoir cependant où je mettrais les yeux.

Quel voyage ! Quelle aventure ! Me voilà plongée en plein cœur de la vie de celui qu’on appelle Louis le jour, qui se transforme en Orphée la nuit.

Louis-Orphée, un névro-zébré sensible en quête de lui-même

Louis, un trentenaire mi-lassé mi-paumé, fait l’acquisition d’un téléphone vintage, « objet de décoration rétro, et donc à la mode ». De rétro, ce téléphone n’a pas que la sonnerie (qui émet un « bruit de cloche strident comme on entend dans les vieux films drrrriiiiinnng ») : il permet d’appeler dans le passé. Louis parvient en effet à joindre son père décédé 20 ans auparavant. Cet objet permettrait-il aux Parques de ne pas couper si court le fil de la vie de son père ?

La nuit, Louis s’appelle Orphée. Il erre dans les Enfers à la recherche de son Eurydice, bravant les cerbères à l’aide de son fidèle compagnon Virgile. Les limbes ne suffisent pas. L’alcool, la pénombre, les non-conversations, les non-soirées, les non-rencontres fortuites ou forcées. Orphée n’est pas dupe. Il doit toujours creuser plus profond dans sa quête de l’amour. Ex-nihilo. Eurydice, mon loup, y es-tu ?

Les Orphée sans “s”, ces êtres pluriels et singuliers

« Les Orphée ». Pas l’orphée, non. Les Orphée. Non, sans « s » à Orphée. Si, vous les connaissez. Les Enfers en sont peuplés. Vous les avez déjà rencontrés. Vous avez été l’un d’eux. Ou vous l’êtes toujours. Ou vous le redeviendrez, plus que probablement. Nous sommes tous bannis, à un moment ou à un autre, liés par notre recherche et notre solitude.

Les Orphée errent, hagards, tentent de se donner du courage. Ils s’illusionnent. Ils croisent ces autres âmes transparentes, à l’expression faciale semblable au Cri, dansant au son de la marche funèbre qu’ils entament chaque nuit de leur week-end. Une expression et une ritournelle constantes, encore et encore. Ne pas s’arrêter, chercher. Leur Orphée, leur Eurydice, celle pour laquelle ils seraient tentés de se retourner. Elles pour eux et eux pour elles. A un Orphée, une Eurydice ?  Orphée, cet être singulier pluriel. Les Orphée, ces êtres pluriels et singuliers.

Viens, on s’aime!

Je ne suis plus vierge d’Eric Metzger. Je l’ai lu. L’espace d’un roman, j’ai été une de ses Eurydice, il a été l’un de mes Orphée. J’ai ri à ses nombreux jeux de mots, je lui ai dit « Viens, on s’aime! On part à Rome maintenant, viens on se marie, viens on divorce demain! ». J’ai tenté de lui dire de laisser tomber ses chimères, de s’accrocher à autre chose qu’à un fil de téléphone. Excuse-moi, Louis-Orphée-Eric, je ne suis pas parvenue à te sauver mais, l’espace de tes 118 pages, je t’ai aimé.

(4 / 5) Eric Metzger, Les Oprhée, Gallimard, 2018, 118 p., 12,50 EUR

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