Le terroir et l’amour de la vie en héritage

Le terroir et l’amour de la vie en héritage

Que feriez-vous avec les cendres de votre maman tout juste inhumée, un jour de marché, elle qui adorait s’y rendre ? L’emmèneriez-vous comme Maxime dans un dernier périple gustatif et olfactif dans ce Sud qu’elle aimait tant?

Le marché de Saint-Jean, lieu de mi-vie mi-mort

Saint-Jean de Luz, son soleil, son petit verre en terrasse. Et son marché. Lieu de vie par excellence. Là où Muriel se plaisait à déambuler tout en dégustant des produits locaux auprès de ses commerçants préférés devenus au fil des ans ses amis. Avant que, comme l’alcool vieilli en fût, elle ne s’évapore elle aussi . La voilà maintenant réduite en cendres, dans une urne. Au marché. Son fils, Maxime, l’a emmenée dans son cabas pour une dernière virée entre les fruits et les légumes. Il fait donc le marché avec sa défunte mère quand il se retrouve nez à nez avec Maylis, l’aide soignante qui s’est si bien occupée d’elle pendant les derniers moments de sa vie. La belle Maylis. “Mais vas-y” lui souffle la part angevine de sa mère qui ne rêve pas mieux que de se faire tomber ces deux-là dans les bras l’un de l’autre. Le hasard serait-il vraiment un loup impossible à domestiquer ?

La part des anges, évanescente

J’ai vécu en Ecosse pendant quelques mois. J’ai mangé du haggis, parlé en roulant mes “r” (“Edinbrrrra”) et bu du whisky bien évidemment. Quelle joie donc de recevoir des Editions Julliard un roman intitulé “La part des anges”! La part des anges est en effet “la partie du volume d’un alcool qui s’évapore pendant son vieillissement en fût*, l’alcool pouvant donc être le whisky. Pour plus de détails à ce sujet, je vous invite à visionner l’excellent The Angels’ share, en VO de préférence pour profiter de l’accent.

Le terroir et l’amour de la vie en héritage

Dans le roman cependant, point de whisky. Mais du Jurançon, du pacherenc ! Pas une page ou presque sans que les odeurs, les sons et les goûts du Sud ne me prennent au nez, à la gorge et à la bouche. Même aux oreilles avec des extraits de basque! Maxime explore le marché et nous emporte avec lui à la rencontre de personnages authentiques, au grand coeur, amoureux de leur terroir et de la vie.

Et je ris! Oui, bien entendu, le roman exploite la thématique du deuil, qui n’est a priori pas la plus drôle qui soit. Cependant, dans La part des anges, le deuil prend la forme d’une maman ex-bonne vivante, désirant caser son fils avec son aide-soignante, ne nous épargnant pas ses réflexions personnelles, notamment sur la gaucherie de son fils, et qui s’avèrent particulièrement efficaces pour exercer nos zygomatiques:

“Monsieur Tout-est-logique-tout-a-une-explication ne pouvait-il pas faire preuve d’un minimum de délicatesse avant de lui mettre mes cendres dans les pattes? (…) Quelle femme s’accommoderait d’un psychopathe au coeur sec? Même les infirmières ont leurs limites!”

Encore, le récit ne manque pas d’aspects poétiques parsemés ci et là dans le roman :

“(…) une volute s’était développée, avait déployé son arabesque et parfumait l’existence différemment”

” (…) tous ceux qui étaient proches étaient souvent assez loin”

“(…) mais quelque chose d’inédit lui tombait dessus comme une averse d’été, brusque et chaude, sous laquelle on aurait envie de rester : la possibilité d’un chemin direct entre la jeune femme et lui, rendu accessible par la disparition de Muriel”

Une très jolie découverte qui sent bon l’amour de la vie!

(3,5 / 5) Laurent Bénégui, La part des anges, éd. Julliard, 198 p., 17 EUR

*Source : Wikipedia

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2 Commentaires

  1. 18 février 2018 / 13 h 17 min

    Un roman qui m’attend sagement. Je ne sais pas quand son tour viendra par contre…

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