Les Déraisons, douce solution à l’ennui

Les Déraisons, douce solution à l’ennui

Odile d’Oultremont paraît solaire. Ses cheveux blonds dorés librement détachés autour de son visage, elle vous regarde les yeux éveillés presque émerveillés lorsqu’elle aborde l’histoire fantasque de Louise et d’Adrien dans les Déraisons, ce premier roman qu’elle aura mis du temps à se décider à écrire. Rencontre

Une histoire d’amour absurdement fantasque

Dans les Déraisons, Odile d’Oultremont nous plonge dans le quotidien fantasque d’un couple, porté par une personnalité haute en couleur, Louise, qui colore les jours d’Adrien au rythme de la pigmentation apportée à ses toiles ou à ses dents. Quotidien enchanteur qui se brise à l’annonce de la restructuration de l’entreprise qui emploie Adrien, concomitante à la découverte de tumeurs dans les poumons de Louise. Peu importe la fidélité à toute épreuve d’Adrien envers son employeur, il vient d’être mis au placard et ne compte pas se laisser faire : il ne se rendra plus au bureau afin d’être présent pour sa Louise, et l’aider à combattre ce qu’elle appelle ses Honey Pops logés dans ses poumons. Mais le décalage avec la réalité ne pourra plus faire illusion bien longtemps.

Le synopsis devient roman

Cette histoire, Odile d’Oultremont, scénariste l’avait imaginée sous forme de synopsis : « Et les synopsis, en tant que scénariste, c’est ce que j’aime le moins. Je devais le réécrire en plus. Ca m’ennuyait. Alors je me suis dit que plutôt de réécrire le synopsis comme tel, j’allais l’imaginer sous forme de nouvelle, avec mon propre style. Quand j’ai transmis cette dernière au producteur et au réalisateur, ils ont eu la même réaction : je devais rédiger un roman. Une maison d’éditions, qui allait devenir les éditions de l’Observatoire, m’a dit oui tout de suite en me demandant de rédiger plus que ces 3 ou 4 pages, en allant dans le détail. J’ai donc été accompagnée dès le début dans l’écriture par la maison d’éditions, et en trois ou quatre mois, on avait la première version. »

Un roman qui s’écrit au bon moment

Quant à la question de savoir si l’écriture d’un roman était un besoin, nécessaire à cette période de la vie, Odile d’Oultremont répond qu’elle a toujours écrit, mais qu’elle percevait le roman comme l’aboutissement ultime de l’écriture, un rêve un peu inaccessible auquel elle n’osait même pas songer, mais qui peu à peu, l’âge aidant, la connaissance de soi allant en s’améliorant, et que le moment dans sa vie de femme était venu pour l’écriture de ce roman.

Le décalage crédible des situations ancre Louise dans la réalité

On ne peut s’empêcher à la lecture de l’histoire de Louise et d’Adrien de songer à celle de Colin et Chloé de Boris Vian. Pourtant, Odile d’Oultremont n’a jamais lu l’écume des jours : « On me l’a dit dès la première lecture. Je le lirai sans doute, mais plus tard, après mon deuxième roman peut-être ».

Elle nous explique que l’inspiration lui est venue de cette histoire d’un homme qui n’est pas allé travailler pendant des années, pendant une période même plus longue qu’Adrien, avant que son employeur ne s’en aperçoive et le poursuive en justice. « La réalité dépasse souvent la fiction », précise-t-elle.

Elle avait son fil rouge mais devait donc trouver une raison suffisante pour qu’Adrien, employé modèle, reste à la maison. « Afin de faire croire à cette situation, je devais trouver un décalage crédible, un événement assez tragique à la situation. Qui ancre Louise dans la réalité. Mais je ne pouvais pas coller un événement absurde sur une personnalité absurde, ça n’aurait pas fonctionné. J’ai donc choisi de rendre Louise malade. »

Son métier de scénariste l’a aidée dans l’analyse des personnages et dans la crédibilité de leurs dialogues: « Ca, c’est mon métier. Je ne peux pas penser l’histoire sans avoir une idée précise du caractère des personnages ». « Je pense que cela doit être difficile pour les romanciers cette partie de l’histoire », comme si Odile d’Oultremont reprenait alors sa casquette de scénariste sans s’apercevoir qu’elle est bien romancière elle aussi.

Le livre se fait objet d’art

Impossible d’évoquer les Déraisons sans aborder cette couverture magnifique qui répond si bien à la narration, avec ses feuilles ressemblant aux honey pops présents dans les poumons de Louise, à ses couleurs présentes et à ses fils un peu tordus.

J’indique que, de mémoire de lectrice, je n’ai pas eu souvenir d’une couverture aussi pertinente et artistique. Odile d’Oultremont saute presque de joie : elle nous apprend qu’il s’agit d’une toile de Paul Wackers qui lui a donné accès à l’ensemble de son catalogue pour qu’elle choisisse cette couverture qu’elle affectionne tant. Le livre ressemble en effet à s’y méprendre, avec sa couverture, et son papier au grammage épais, à une œuvre d’art.

Les déraisons, douce solution à l’ennui

Elle nous précise que le roman n’est pas autobiographique. Louise n’est pas Odile, même si évidemment l’inconscient ressurgit : « A la lecture complète du roman, je me suis aperçue du sentiment d‘abandon présent à diverses reprises au fil des pages. Donc, oui, il y a inconsciemment de moi, mais l’abandon, ça peut arriver vite, ça peut même vous venir en une poignée de secondes quand vous avez 7 ans, pour un truc insignifiant, et vous en souffrez toute la vie ».

Odile d’Oultremont espère cependant être, à l’image de Louise, un peu déraisonnable. Elle se balance en arrière sur sa chaise dans un éclat de rire : « Oui, j’espère l’être au moins un peu ! Avec l’âge, on le devient, on a moins de poids sur les épaules, on se connaît mieux, on a moins peur du regard des autres. Il y avait une époque dans ma vie où j’étais très raisonnable, quand j’ai eu mes enfants, je voulais faire tout parfaitement, c’était d’un ennui ! »

Comment en effet ne pas devenir ennuyeux si l’on n’est pas déraisonnable ?  

(4 / 5)Odile d’Oultremont, les Déraisons, éditions de l’Observatoire, 2018, 219 p., 18 EUR

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8 Commentaires

    • Aurore
      25 février 2018 / 20 h 27 min

      Merci Béné : le compliment me fait encore plus plaisir venant de toi 🙂

  1. Mes échappées livresques
    26 février 2018 / 10 h 03 min

    Très chouette article! Je dois justement rédiger ma chronique cette semaine et c’est un coup de coeur 😉

    • Aurore
      4 mars 2018 / 19 h 05 min

      Ha oui, cela l’a été pour moi aussi Céline! 🙂

  2. 27 février 2018 / 8 h 11 min

    Non seulement je suis amoureuse de la couverture, mais particulièrement tentée par ce titre…
    Jolie photo au passage !

    • Aurore
      7 mars 2018 / 19 h 10 min

      Je confirme!

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