Flore Balthazar, une louve qui a du chien

Flore Balthazar, une louve qui a du chien
Flore Balthazar impressionne par la force de caractère qu’elle dégage, à l’instar des personnages féminins de Les Louves, titre de son premier graphique en référence à ces cheffes de meutes responsables de la survie, principalement alimentaire, de leurs petits. Rencontre avec Flore Balthazar, une louve qui a du chien

La grande Histoire racontée d’un point de vue féminin

Librement inspirée des carnets de notes de son arrière grand-tante, Marcelle, ayant vécu la seconde guerre mondiale en tant qu’adolescente, Flore Balthazar relate dans Les Louves le quotidien de femmes pendant la seconde guerre mondiale. Ces femmes qui, telles des louves, doivent assurer la survie, principalement alimentaire, de leur meute.

Ni tout à fait un récit historique, ni tout à fait un conte, Les Louves nous plonge dans le quotidien d’une famille entre 1939 et 1945. Une famille qui vivra l’éloignement du père, verra les consciences s’éveiller autour d’elle, parfois au péril de leur vie, mais ne sombrera pas dans le désespoir.  Une famille vivant à La Louvière, en Belgique, dont les habitants sont surnommés les loups, ville-théâtre de l’intrigue, dessinée grâce à des archives d’époque.

Une famille dont le personnage pivot est une adolescente, Marcelle, qui , au travers de son histoire personnelle, nous raconte la grande Histoire. En atteste par exemple le personnage de Marguerite Clauwaerts librement inspiré de Marguerite Bervoets, résistance de la région de Mons pendant la seconde guerre mondiale.

Le premier roman graphique de Flore Balthazar

Flore a choisi le nom de sa mère comme patronyme scénique. Elle s’appelle donc, dans le monde de la BD, Flore Balthazar, “parce que c’est rigolo. Mon nom faisait rire les Français. Je me suis donc dit que les gens le retiendraient”.

Flore fait ses premières armes chez Spirou, collaborant entre autres en tant qu’illustratrice pour Jack le Sanguinaire, série médiévale sur une jeune fille qui veut devenir chevalier : “Elle s’appelle Jacquelotte, mais elle n’aime pas du tout ça. Elle, c’est Jack, et surtout Jack le sanguinaire”. Elle signe ses premiers albums, Miss Annie, narrant le quotidien d’un chat, aux côtés de Franck Le Gall et dessine ensuite le destin de Frida Kahlo, sur un scénario de Jean-Luc Cornette.

Avec Les Louves, Flore signe son premier roman graphique en tant que dessinatrice et scénariste : “La pagination est assez longue. Et c’est un défi de tenir cette longueur avec des personnages qui sont humains, réalistes, par rapport à ceux de Spirou par exemple qui sont plus enfantins. J’étais très lente à certains moments. Bien sûr, j’avais le synopsis, et je savais où j’allais, mais il m’est arrivé de dessiner sur base de ce synopsis, sans avoir le scénario tout à fait figé, afin d’avancer.”

“Il est plus facile pour moi de représenter des femmes”

A l’analyse du parcours de Flore, on aperçoit un fil rouge d’histoires de femmes, qui se confirme avec Les Louves. Elle m’explique : Il est plus facile pour moi de représenter des femmes, même au niveau du dessin. Je m’identifie plus facilement.” Et quant à la question de femmes au caractère fort, elle confirme : “J’ai été élevée par une mère qui m’a toujours dit qu’il faudrait en faire deux fois plus qu’un homme dans la vie, parce que je suis une femme.”

“Notre version des faits, à nous les femmes, de la seconde guerre mondiale”

De là à raconter l’histoire de sa grand-tante Marcelle qui a vécu adolescente la seconde guerre mondiale, il n’y avait qu’un pas : “Elle nous racontait toujours ses histoires de guerre quand on était petits. Un jour, elle a décidé de les dactylographier ; elle dactylographie très bien. De cette manière, on n’aurait plus à poser de questions, les réponses figureraient toutes dans les carnets. Moi, j’ai décidé de raconter notre version des faits, à nous les femmes, de la seconde guerre mondiale. Parce que les femmes sont des louves, qui doivent assurer la survie de la meute, principalement en ramenant des patates.”

Les Louves par Balthazar © Dupuis 2018

Nous discutons alors de la condition des femmes à l’époque : “Marcelle va à l’Ecole Normale (NDLR : études supérieures pour devenir institutrice), ce qui est déjà très bien comme études à l’époque. Mais en effet, la famille laisse au frère le temps et la possibilité d’étudier car il est un garçon. Les filles, elles, doivent s’occuper du foyer. Ou même, elles sont réprimandées quand elles fréquentent un bar avec des garçons, alors qu’eux ne le sont évidemment pas. Elles ne se rendaient même pas compte de cela à l’époque.

Je précise que la grand-mère de l’histoire semble pourtant bien comprendre la condition des femmes justement. La grand-mère est en effet un personnage que j’ai trouvé cynique et qui m’a fait beaucoup rire. On la voit déclarer, tout en cousant : “Tu vas voir qu’ils vont nous faire le coup de 14-18 : on va travailler dans leurs usines, et après, ils nous renverront à la maison!”. La voici ci-dessous :

 

Les Louves par Balthazar © Dupuis 2018

Flore m’apprend : “Il s’agit de mon arrière-arrière-grand-mère. Je ne savais pas grand chose d’elle mis à part le fait qu’elle était socialiste.  J’ai donc pu me lâcher.  Je me suis en fait inspirée de Mamie, la grand-mère d’Agrippine. Claire Bétécher (NDLR : l’autrice d’Agrippine) est ma déesse absolue! “.

Vous l’aurez compris, Les Louves est un récit de femmes, raconté et dessiné par une femme. Il serait cependant réducteur de n’aborder que l’aspect féminin du récit. Les Louves constitue en effet une porte d’entrée vers l’Histoire via l’histoire de Marcelle et de sa famille. Porte d’entrée que vous pourrez pousser un peu plus en visitant l’exposition des planches originales au centre Daily-Bul de La Louvière jusqu’au 15 avril 2018.

 

 

(4 / 5) Flore Balthazar, Les Louves, Dupuis – collection Aire Libre, 2018, 200 p., 18 EUR

 

Ca se passe chez Mo!

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26 Commentaires

  1. 28 février 2018 / 7 h 47 min

    Je le lirais volontiers !

  2. 28 février 2018 / 8 h 11 min

    Les louves pourraient intéresser mes trolls avec qui je bosse sur cette période sombre.

  3. 28 février 2018 / 8 h 21 min

    je note! j’aime cette période, et j’aime la façon dont c’est abordé là

  4. 28 février 2018 / 8 h 54 min

    Sympathique rencontre !!
    L’album m’attend, il est dans ma PAL. Lecture prochaine 🙂

  5. 28 février 2018 / 13 h 12 min

    l’histoire a l’air géniale, je note du coup ! Merci pour la découverte !

  6. 28 février 2018 / 13 h 53 min

    Un bien joli album on dirait. L’auteure s’est à l’évidence beaucoup impliquée dans l’histoire !

  7. 28 février 2018 / 18 h 33 min

    Je ne suis pas fan des dessins…

  8. 28 février 2018 / 18 h 48 min

    J’ai hâte de le commencer !
    Merci pour cette interview qui nous apprend la genèse de l’album.

  9. 28 février 2018 / 19 h 22 min

    J’aime beaucoup les BD historiques. Celle-ci a tout pour me plaire.

  10. 28 février 2018 / 20 h 11 min

    Pas certaine…. le graphisme …. mouais. Mais à voir !

  11. 28 février 2018 / 20 h 17 min

    Merci Aurore,
    J’attendais avec impatience une chronique sur cet album, qui me fait de l’oeil.
    Le dessin ne m’attire pas plus que ça, mais le sujet, le traitement, je pense que je vais passer outre la première impression.

  12. 28 février 2018 / 23 h 11 min

    Un thème qui me tente beaucoup. Je ne me lasse pas de ce thème.

  13. 28 février 2018 / 23 h 31 min

    Tentée par l’histoire mais je trouve le graphisme un peu trop classique…

  14. Mes échappées livresques
    1 mars 2018 / 11 h 12 min

    je sens que je vais me régaler ce week-end avec 🙂

  15. 1 mars 2018 / 11 h 53 min

    Tout semble me plaire dans cet album. Je note bien sûr ! Merci pour la découverte 🙂

  16. 2 mars 2018 / 11 h 17 min

    Voilà un titre qui me parle, je note précieusement !

  17. 4 mars 2018 / 11 h 13 min

    J’aimerais bien découvrir, je prends note.

  18. 4 mars 2018 / 18 h 19 min

    Intéressant ! Je le note pour la médiathèque 🙂

  19. 5 mars 2018 / 15 h 46 min

    Original, je note ! Merci pour la présentation !

    • Aurore
      7 mars 2018 / 19 h 13 min

      Je t’en prie Caro 🙂

  20. 6 mars 2018 / 14 h 36 min

    Le dessin ne m’attire pas vraiment, mais pour l’histoire, pourquoi pas !

    • Aurore
      7 mars 2018 / 19 h 13 min

      Je t’assure que le dessin est à mon sens magnifique donc tente, tu verras bien 🙂

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