Ne désirer rien de moins que le rêve

Ne désirer rien de moins que le rêve

Comment construire son identité d’enfant, de jeune fille, et enfin de femme lorsque nos parents sont de doux rêveurs, vivent dans un appartement aux murs rouges et au plafond jaune ? Comment se construire lorsque ces mêmes parents au sortir de 1968 semblent vivre plus pour eux et par eux que pour et par leurs enfants ? Comment se construire lorsque l’on découvre que son propre père, designer, cache des revues gays des yeux de sa mère ? Comment se construire lorsque son père est fils de cheminot et sa mère aristocrate ? Comment se construire quand son grand frère est le fils du premier amour de sa mère qu’elle a abandonné quand elle est devenue mère-enfant ? Comment se construire lorsque l’on a quatorze ans et que l’on séjourne en institut psychiatrique suite à une tentative de suicide ? Comment se construire quand à quinze ans, on vite seule et qu’on passe ses étés avec son père et ses amis, en étant la seule fille parmi ces hommes ? Et si le théâtre, cet endroit où tous les débordements de l’âme sont permis, était la clé ?

Toutes ces questions, Isabelle Carré, l’actrice que les médias qualifient souvent de discrète et lumineuse, tente d’y répondre dans son premier roman Les rêveurs. Bien qu’il semble autobiographique, et qu’il le soit d’ailleurs en partie, ce roman est fiction. Certains passages sont des souvenirs d’Isabelle, qu’elle a couchés sur le papier, d’autres sont pure fiction, ou souvenirs modifiés. Démêler le vrai du faux de ces moments familiaux, de cette histoire d’êtres fragiles, mais tous rêveurs nous semble malaisé et peu à propos.

On ne peut s’empêcher de penser que la réalité, ou celle que l’on souhaite être la réalité, malgré sa cruauté apparente, finit par s’embellir lorsque l’on croit à ses rêves. Que la roue finit par tourner si l’on y pense assez fort. Car elle tourne la roue pour ces personnages. Les parents qui dansent l’évitement et le non-dit, qui se complaisent dans une situation que l’on pourrait considérer absurde mais qui chacun finissent par trouver une voie correspondant à leur propre eux intérieur. Ce grand frère qui trouve une partie de son identité à la cafétéria d’un musée. Cette jeune fille qui épouse le théâtre pour s’en faire une seconde peau.

Avec Les rêveurs, nous apercevons des morceaux de vie, parsemés ça et là, posés, apparemment sans ordre, certains plus détaillés, d’autres moins. Pourtant, les morceaux du puzzle finissent par s’assembler pour former un tout cohérent, à l’instar des événements de la vie elle-même dont l’ordre vous apparaît clair et sans intervention hasardeuse. L’histoire personnelle semble chaotique, branlante, mais se trouve finalement renforcée par ces personnages ne désirant rien de moins que le rêve.

(3,5 / 5)Isabelle Carré, Les rêveurs, Grasset, 2018, 304 p. 20 EUR

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2 Commentaires

  1. 5 mars 2018 / 7 h 44 min

    Un roman de la rentrée que j’ai beaucoup aimé !

    Une grande sensibilité de la part de l’actrice à la jolie plume.

    • Aurore
      7 mars 2018 / 19 h 14 min

      Oui, quelle sensibilité en effet. Une douceur en cette rentrée de 2018

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