Loup, y es-tu?

Loup, y es-tu?

Le loup.

Confiance. Inconscience. Alliance.

Le loup.

Pénis. Vice. Justice.

Le loup.

Hôpital. Banal. Légal.

Le loup.

Relations. Manipulation. Domination.

Le loup.

Liberté. Légalité. Maternité.

Le loup.

« Maman, ne pars pas, le loup vient quand tu n’es pas là »

Daphné se raconte dans une lettre à Elise, bien moins mélodieuse que celle de Beethoven. Elle tente d’expliquer sa version des faits à la mère de son époux, sans chercher à savoir si cette dernière en touchera un mot à Henri, son mari.

“Il y a souvent deux versions à une histoire. Je vous livre la mienne, Elise. Lisez-la et je vous laisse juge de qui est victime, qui est agresseur, qui est une bête et qui mérite une exécution sommaire. (…) Mais une chose est certaine : vous ne pourrez plus jamais affirmer “je ne savais pas”.”

Dans cette longue missive, Daphné revient sur la perfection de son mari, père et époux aimant. Père et époux aimant, mais jusqu’à quel point ?

Maxime, polytechnicien, cadre dans une banque, assiste un dimanche soir à un match de foot, laissant l’opportunité à sa femme, en voyage fréquent dans le cadre de son travail, de passer une soirée seule avec ses deux filles. « Maman, ne pars pas, le loup vient quand tu n’es pas là. » Claire, sa fille, hypocondriaque, la mènerait-elle encore en bateau ? Daphné doute. Mais repart le lendemain, rassurée par les mots de Maxime. Elle décide cependant d’écourter son séjour, afin de passer un moment privilégié avec ses filles. Au moment du bain de la plus petite, elle ne doute plus. Le voile se lève. Elle doit immédiatement protéger ses filles.

La ritournelle du “Comment”

Comment réagir lorsque votre instinct de mère vous indique que vos enfants courent un grave danger, danger incarné par leur père, ce mari que vous aimez ?

Comment réagir alors que l’on vous traite d’hystérique au simple motif que vous tentez d’éloigner vos enfants de ce pervers auquel on accord finalement la garde exclusive ?

Comment comprendre ce jargon juridiquo-judiciaire ?

Comment ne pas se décourager lorsque vous pensiez que la loi était supposée protéger les victimes, et non les bourreaux ?

Nous vivons ces diverses interrogations à la lecture du deuxième roman de Mathieu Menegaux, nous les ressentons même. Nous sommes cette mère faisant impuissante face à ces murs judiciaires qui se dressent devant elle, en sus de l’inquiétude suscitée par le danger que représente le loup.

“Je suis sortie du commissariat agacée par cette perte de temps et maudissant la bureaucratie, pour un viol guichet 1, pour un cambriolage guichet 2, et pour un inceste repassez.”

Nous comprenons, interdits, la raison pour laquelle Daphné s’adresse à Elise en particulier. Nous redéfinissions l’histoire avec un regard différent.

“Est-ce que si j’avais été moins ambitieuse, moins investie, plus présente, le monstre en votre fils serait resté tapi au fond de sa tanière ? Je ne le saurai jamais.”

Dans son deuxième roman, Mathieu Ménégaux nous coupe la respiration par une plongée en apnée dans les méandres de l’appareil judiciaire.  Le souffle court, nous tournons frénétiquement les pages dans l’espoir que cette mère parvienne à sauver ses filles.

Les fantômes de ces familles brisées par le bulldozer judiciaire

Au-delà de l’histoire personnelle dramatique de cette famille, inspirée de faits réels, s’érigent face à nous les fantômes de ces familles brisées par les secrets incestu-honteux.

Nous assistons, circonspects, à la disparition de la frontière entre victime et bourreau. Et là, nous retenons nos larmes.

Nous repensons à ces noms qui pour nous ne constituent que des titres de faits divers. Outreau, Jacqueline Sauvage. Des cas, comme la machine judiciaire les appelle.

Au suivant, semble asséner la Justice. A qui le tour d’être écrasé par elle ?

(4 / 5) Mathieu Ménégaux, Un fils parfait, Points, 128 p. 6,2 EUR

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