De l’absolu, du jamais, du toujours

De l’absolu, du jamais, du toujours

« Je suis la reine »

Shell, du nom de son blouson à la marque pétrolière bien connue, petit garçon de 12 ans, décide de “partir à la guerre”. Après avoir failli causer un incendie dû dans la station-service de ses parents, emporte son sac à dos, quelques provisions, et part.

Dans la tête de Shell, tout ne tourne pas toujours très rond. Cela fait d’ailleurs déjà quelques temps qu’il ne va plus à l’école, depuis que le médecin a considéré que les choses devenaient trop complexes pour lui. Il faut parfois lui expliquer avec méthode des choses qui semblent naturelles à d’autres mais qui lui échappent personnellement.

 

Foudre de guerre. Génie. Lumière. C’était tout ce que je n’étais pas, on n’arrêtait pas de me le répéter. Maintenant, il faut que je vous le dise, je suis bizarre.

 

Après avoir marché un peu, son blouson Shell et son sac sur le dos, il rencontre Viviane, avec laquelle il aime beaucoup jouer. Elle dit être sa reine, et il la croit. Il ne veut surtout pas la décevoir et lui jure de succomber à ses désirs, obtempérant avec plaisir.

 

Mais j’avais une reine, je savais déjà que je ferais tout pour elle, pas parce que j’avais juré mais parce que j’en avais envie, et j’ai pensé que c’était peut-être ça, être un héros: faire des choses qu’on n’est pas obligé de faire.

 

Il est vrai que Viviane parvient à rendre leurs jeux plus simples : elle lui explique par exemple que lorsque l’on joue à trouver des coccinelles avec le plus grand nombre de points, que l’on doit d’abord chercher les coccinelles avant les points, et non l’inverse.

 

On a fait un jeu, c’est elle qui a eu l’idée, il fallait trouver la coccinelle avec le plus de points. Au début, j’ai eu du mal, je trouvais beaucoup de points mais il n’y avait pas de coccinelle autour, et Viviane m’a appris comment chercher : d’abord la coccinelle, bien rouge et bien brillante, et seulement après les points.

 

Mais jusqu’où la servitude aveugle et innocente d’un enfant pas comme les autres peut-elle le mener ?

Un style sobre, délicat et enfantin

Malgré des thématiques très dures suggérées en filigranes telles que l’enfant battu, la solitude ou le handicap, Jean-Baptiste Andréa, également réalisateur et scénariste, livre avec son premier roman Ma Reine un style sobre, délicat et enfantin.

Il place dans la bouche de cet enfant qui s’exprime à la première personne les mots justes, sans qu’il soit besoin de rajouter quoi que ce soit, sans que le discours en devienne dramatique ou verse dans le pathos.

Au contraire, les mots se font douceur, et le cadre presqu’enchanteur. Shell et Viviane vivent des aventures extraordinaires sur un territoire dont ils sont les seuls à maîtriser les codes.

 

Elle m’avait laissé gagner, je le sais parce qu’elle me l’a dit? Elle a fini par se lever, elle devait y aller. Au moment de partir, elle s’est tournée vers moi.
– T’as remarqué ?
-Quoi ?
– Le vent s’est arrêté. C’est moi qui lui ai donné l’ordre. Il allait froisser ma robe.

 

Des jeux d’enfants

J’ai retrouvé les secrets absolus et donc immortels de l’enfance, de ceux que l’on peut aborder dans Jeux d’enfants.

A plusieurs reprises au cours de ma lecture, j’ai effectué des parallèles avec le film (que je vous recommande vivement si vous ne l’avez jamais vu). Le plus fort a été celui de la scène où les deux enfants se demandent ce qu’ils feront quand ils seront grands.

Julien indique à Sophie qu’il sera un tyran, tandis que Sophie lui indique vouloir être un flanc, et qu’il lui répond « Un flanc ? Comme les gâteaux ? » l’air dubitatif, puis que son visage s’éclaire et qu’il continue « Flan… Flan… Ah mais ouais ! Un flan ! Mais ouais, mais c’est super génial !!».

 

– Les domestiques sont des cygnes transformés en pages, elle a continué. Il y a mille pièces dans le château, et elles changent de place toutes les nuits. Ca peut prendre du temps de retrouver sa chambre, et c’est pour ça que parfois, je suis fatiguée le matin.

 

Ma Reine est de cette veine, de celle de la complicité entre deux êtres,  de l’absolu, du toujours, du jamais, de la promesse, de l’immortalité, de l’innocence et de la fraîcheur des sentiments enfantins, un conte enchanteur empreint de magie qui ne peut que vous ravir.

 

(4,5 / 5)Jean-Baptiste Andréa, Ma Reine, L’Iconoclaste, 2017, 222 p. 17 EUR

Prix Fémina des Lycéens 2017

Prix du premier roman français 2017

Prix Envoyé par La Poste Fondation La Poste 2017

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1 Commentaire

  1. 4 avril 2018 / 9 h 00 min

    Un petit coup de coeur pour ce roman… un intemporel 🙂

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