Ina Mihalache, créatrice de Solange te parle, se raconte en chienne

Ina Mihalache, créatrice de Solange te parle, se raconte en chienne

Ina Mihalache, ce nom ne vous dit sûrement pas grand-chose. Pourtant, je peux parier que son visage vous est familier. Ina, c’est la créatrice de « Solange te parle », ce petit bout de femme aux cheveux bouclés qu’elle incarne dans ses vidéos capsules où, face à sa caméra, elle se raconte dans son appartement  partagé avec Truite, sa chienne.

J’ai eu la chance de la rencontrer à l’occasion de la publication de son troisième livre Autoportrait en chienne , un récit sans rapport aucun avec Solange, malgré la signature en son nom et le bandeau annonçant ses  millions de vues sur Youtube. Un récit centré sur la vie de Truite, de qualité littéraire indéniable, dont la pluridisciplinarité de l’auteur ne manque pas de poser questions, à son public habituel, à elle-même et au monde de l’édition. Rencontre

Ina Mihalache s’est choisi un objet d’étude, son chien, comme prétexte

« Plusieurs livres m’ont inspiré pour l’écriture d’ Autopotrait en chienne, comme La vie sexuelle de Catherine M , ou Intérieur, livre au sein duquel l’auteur, Thomas Clerc, pendant 3 ou 4 ans, avait fait le tour de son appartement pièce par pièce qu’il avait décrit centimètre par centimètre. Entre les lignes, on avait évidemment un portrait de lui.

J’aurais pu écrire ce récit toute la vie de Truite car pour moi, c’était un moyen de sortir un peu de moi et de parler du monde, à l’aide de ces petites bêtes, qui m’interrogent sur le monde et me questionnent, moi et mon rapport à la sociabilité, à la paresse, à l’amour, à la mort. »

En filigranes au long du récit, Ina se raconte via Truite, laissant place à une fusion entre elles deux

« Dans l’animalité, c’est chaud, c’est doux, il y a les odeurs. C’est tellement une grande part de son quotidien à elle d’être dans une sorte d’état qu’on pourrait dire méditatif, dans l’instant présent. Je la regarde presque comme ma mère, mon gourou, mon maître buddha, elle m’inspire une telle liberté, un abandon dans l’instant ; je la vénère, c’est passionnel. Avec un chien, le mode fusionnel est le mode de relation par essence.»

Truite, cette adepte du girl power en puissance, est un modèle d’indépendance, qui s’assume en effet totalement, sans besoin d’un autre pour être accomplie :

«Truite, elle s’emmerde pas avec les histoires de je suis belle, je suis pas belle. Elle en ferait pas plus qu’en ferait un mâle. Quand un truc ne lui plaît, elle le fait savoir. » 

Dans cette autofiction centrée sur sa chienne, Ina se dévoile, et s’exprime sur un sujet ô combien délicat : la non-maternité qu’elle s’assume, de façon presque sauvage.

« Ne pas être mère, ça fait partie de mes positions. Avoir un chien à l’âge où ma mère était enceinte de moi était un drôle de clin d’œil du destin. Pour le moment, je suis contente de pouvoir laisser mon chien à la maison quand je vais au cinéma par exemple. Peut-être que ça changera, je ne sais pas.»

La création pluridisciplinaire pose question

Ina s’exprime aussi sur son inadaptabilité, en lien avec son désir de création :

« Beaucoup de gens ont un besoin d’expression quand ils se sentent isolés. Pour moi, ça a été l’inadaptation que j’ai canalisé dans un avatar pour pouvoir m’affranchir de ma personne civile. »

Ina a en effet créé sur YouTube il y a quelques années un personnage, Solange, qu’elle incarne. Solange vit dans un appartement avec sa chienne Truite, et se questionne sur le monde avec une intonation particulière et des cheveux en bataille. Elle y crée volontairement le flou, ce qui peut susciter des malentendus.

« Comme je peux donner l’impression de donner et de montrer beaucoup, il n’est pas toujours évident de faire la part des choses et de se rendre compte qu’il y a une sorte de mise en scène. Tout le monde ne le perçoit comme tel car je cultive un côté honnête que j’associe avec une volonté que j’ai d’être dans l’authenticité.  Parfois, les gens ont l’impression de savoir qui je suis et donc parfois me reprochent de ne pas avoir agi en fonction de ce qu’ils croyaient être moi. C’est comme si le scénario ne m’appartenait plus. Là, t’es moins Solange, là, t’es pas Solange. »

L’exercice d’écriture, bien que difficile, donne envie à Ina d’écrire encore : 

« J’avais trouvé mon dispositif face à la caméra dans un état d’abandon, voire d’inconscient. Il m’a fallu vraiment beaucoup d’énergie pour me libérer. L’écriture a été un exercice complexe, mais dont je sors grandie. Je me connais mieux. Explorer à nouveau l’écriture, ça me donne très envie mais la frustration pourrait être de savoir « mais j’écris pour qui ? »

La difficulté de désolidariser Solange d’Ina ne se manifeste en effet pas qu’auprès de son public habituel, ou d’elle-même, mais également auprès de son lectorat et du monde de l’édition.

« Mon côté pluridisciplinaire pose en effet questions. Je ressens une difficulté de rejoindre les lecteurs puisque je ne sais pas forcément qui ils sont. Je me demande pour qui j’écris. Est-ce pour le public qui est le mien ? Car le livre n’est pas destiné aux fans, même s’il a été marketé comme tel. Mon public potentiel de lecteurs potentiels n’est peut-être pas tout à fait le même que mon public sur YouTube, medium gratuit et visuel. Mais je remercie la francophonie, la Suisse, la Belgique, qui ont accueilli mon livre sans l’assimiler à un livre de YouTubeur. C’est mon troisième livre, il s’agit d’un exercice de littérature défendu comme tel par la maison d’éditions, malgré le bandeau indiquant le nombre de millions de vues de mes vidéos YouTube », malgré la signature de Solange. »

(3,5 / 5)Ina Mihalache, Autoportrait en chienne, éd. Iconoclaste, 2018, 200 p., 15 EUR

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