L’histoire du plus jeune détenu de Guantanamo

L’histoire du plus jeune détenu de Guantanamo

L’histoire du plus jeune détenu de Guantanamo

Mohammed el-Gorani est vendeur de rue en Arabie Saoudite. Il souhaite un avenir meilleur, ce qui, il le sait, se passe inévitablement par l’apprentissage de l’Anglais. Avec ses quelques sous difficilement amassés en poches, le voilà parti étudier la langue de Shakespare au Pakistan.

11 septembre 2011. Les tours jumelles s’effondrent. Les Américains arrêtent cet enfant Saoudien qu’ils pensent être membre d’Al Qaida du seul fait de sa présence à Karachi. « Quand as-tu vu Ben Laden pour la dernière fois ? », lui assène-t-on, lui qui n’a jamais entendu ce nom.

Transfert à Guantanamo. Mohammed y devient le plus jeune détenu. Il a 14 ans.  Il en fait voir de toutes les couleurs à ses gardiens. Certains plus gentils que d’autres, plutôt bêtes et méchants. Ces derniers, Mohammed ne les épargne pas via leurs surnoms ou les chansons qu’il leur crie à tue-tête à longueur de journée. Il ne baissera pas les bras. Il sera considéré comme un caïd.

Après huit longues années de souffrance où son adolescence aura été passée dans ce camp, son innocence est enfin prouvée. Il assiste à son jugement en écoutant un téléphone à distance. Transfert vers un autre camp. Changement de pays. Comment se reconstruire lorsque l’on troque son statut de prisonnier contre celui de réfugié ? Et qu’aucun pays ne souhaite vous accueillir alors que votre innocence a été prouvée et est écrite noir sur blanc ?

Copyright Dargaud 2018

Ne plus pouvoir dire “nous ne savions pas”

Jérôme Tubiana, journaliste et chercheur indépendant, s’associe à Alexandre Franc, dessinateur ayant participé notamment au feuilleton numérique Les Autres gens, pour raconter l’histoire de Mohammed El-Gorani en dessins, dont le texte avait déjà été publié auparavant, notamment en France dans la revue XXI.

L’histoire de Mohammed El-Gorani n’est malheureusement pas une fiction. Celle d’un enfant au mauvais endroit au mauvais moment, innocent, emprisonné dans un zone de non droit, parce que présumé coupable.

Au lendemain des attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont en effet, dans la prison de Guantanamo, maltraité et détenu des prisonniers sans égard aucun au respect de la convention des droits de l’homme. En 2017, 41 personnes y étaient encore emprisonnées.

Au travers de l’histoire d’un prisonnier en particulier de Gitmo, le plus jeune, c’est l’histoire de l’ensemble de ses détenus qui se dessine devant nous, leur détention illégale, les actes de maltraitance dont ils font l’objet de manière répétée, et leurs actes de résistance et de solidarité au sein du camp. Encore,  lire Guantanamo Kid permet une compréhension de la difficulté de la réinsertion des innocentés par la Justice suite à leur séjour dans cette prison.

L’illustration de ce récit permet à mon sens une meilleure compréhension de ses enjeux et problématiques. L’image par exemple de la cellule uniquement composée de barbelés me reste en tête. Je ne serais pas parvenue à me la figurer sans les dessins, tant la description dépasse l’entendement. Toute l’horreur du régime de Guantanamo se retrouve dans le dynamisme de l’encré de Franc, dans cet univers en noir et blanc où le gris n’existe pas, dont l’usage apporte une dimension tangible à la narration.

Avoir lu Guantanamo Kid, c’est ne plus pouvoir dire « nous ne savions pas ». Même en nous bouchant les oreilles, car les yeux sont là pour voir et comprendre. Ils vous ont plongé à Guantanamo, avec la vie brisée d’un kid qui tente de se reconstruire comme il le peut.

Un must read.

Copyright Dargaud 2018

Copyright Dargaud 2018

Copyright Dargaud 2018

(0 / 5) Tubiana, Franc, Guantanamo Kid, Dargaud, 2018, 172 p., 19,99 EUR

Pour aller plus loin : Amnesty International

 

Les amoureux des bulles se retrouvent ici cette semaine

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23 Commentaires

  1. 23 mai 2018 / 6 h 33 min

    Ok c’est noté !

  2. 23 mai 2018 / 9 h 07 min

    Ce n’est pas un thème qui m’attire mais tu m’as donné envie !

    • Aurore
      23 mai 2018 / 21 h 54 min

      Je t’en prie 🙂

  3. 23 mai 2018 / 10 h 42 min

    Absolument édifiant !! Merci pour ce billet, je ne connaissais pas du tout cet album !

    • Aurore
      23 mai 2018 / 21 h 54 min

      Je t’en prie Noukette, avec plaisir

  4. 23 mai 2018 / 13 h 45 min

    c’est clair que l’histoire ne doit pas laisser indifférents :/ à voir si je tente un jour ou pas 😀

    • Aurore
      23 mai 2018 / 21 h 54 min

      Oh que non. Tu me diras si tu tentes alors!

  5. 23 mai 2018 / 15 h 21 min

    Pas totalement convaincue par le graphisme mais le thème m’attire assurément.
    Je note.

    • Aurore
      23 mai 2018 / 21 h 53 min

      Pourtant, je trouve que le dessin apporte une dimension complémentaire au scénario

  6. 23 mai 2018 / 15 h 54 min

    Céline (de Mes Echappées livresques) m’avait déjà tentée, il faut que je le trouve à la biblio!

    • Aurore
      23 mai 2018 / 21 h 53 min

      Sinon, je te la prêterai 😉

    • Aurore
      23 mai 2018 / 21 h 52 min

      Et moi donc!

  7. 23 mai 2018 / 21 h 06 min

    Sujet “étonnant” et dessin très noir et blanc (à la façon de Brüno), je prends !

    • Aurore
      23 mai 2018 / 21 h 52 min

      Je te confirme que tu ne regretteras pas Jacques 🙂

  8. 24 mai 2018 / 7 h 00 min

    Merci pour cette découverte ! Je vais la dégoter !

  9. 24 mai 2018 / 7 h 49 min

    Très tentant.
    Tu as raison certains dessins en disent plus que de longues pages de descriptions. Je me suis mise très tard à la BD mais j’apprécie de plus en plus cet univers.

  10. 24 mai 2018 / 9 h 46 min

    Noté aussi, tu as raison, c’est un must read.

  11. 29 mai 2018 / 13 h 29 min

    Un sujet essentiel en effet. Et j’aime beaucoup ce dessin qui me rappelle celui de Brüno.

  12. 29 mai 2018 / 15 h 28 min

    14 ans ??? Je ne savais pas qu’il y avait des enfants à Guantanamo !! Quelle horreur… Je note.

    • Aurore
      3 juin 2018 / 17 h 25 min

      Justement, c’est là toute l’histoire!

  13. 6 juin 2018 / 22 h 24 min

    Bien intéressante cette BD documentaire qui permet de mettre en lumière des personnages oubliés… Je note, merci de la présentation !

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