Seuls, ensemble

Seuls, ensemble

Ernst, Jul et Ilmiya sont sans-abris. SDF. Clochards . Clodos. Leur famille, ce sont les deux autres. Leur domicile, la rue. Les jours passent, et se ressemblent. Le froid, la faim, l’alcool, les potes, la drogue, la prostitution. Jusqu’au jour où ils se mettent en tête de retrouver un chien perdu. Récompense à la clé, indique l’annonce. Avec cela, c’est certain, tout ira mieux. Un street trip qui vous ouvre les yeux sur la rue, sur eux

Eux

Les sans-abris, les clochards,

Croisés au hasard, sans affronter leur regard,

Eux

Fondus dans le paysage,

Là où nous nous frayons un passage

Que la misère enlaidit,

Que notre orgueil parfois honnit

Eux

Que nous rendons responsables,

De leur enfer de vie,

Eux, nous, tous, potentiels sans-abris,

Car qui peut se prétendre à vie à l’abri

Dans ses rouages d’un grain de sable

Se réchauffer le corps et le coeur

Eux, dans le premier roman de Tom-Louis Teboul, ce sont Ernst, Jul et Ilmiya. Deux hommes, une femme, réunis par la rue. Cette vie froide l’hiver, suintante de chaleur et d’odeurs corporelles l’été. Cette vie faite de bonnes places à trouver dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, où ils parviennent à se réchauffer le coprs et le coeur. Ils sont seuls ces trois-là, mais seuls ensemble. La vie leur a déjà infligé à chacun son lot de malheurs, que l’on découvre au fur et à mesure de la lecture, et elle continuera à distiller son poison dans leurs veines. Les vieux potes qui crèvent là, les arnaques, la prostitution, la drogue, l’alcoolisme.

Rien ne vous sera épargné : la rue, c’est moche, et ça pue

Tom-Louis Teboul livre avec ce premier roman un bon coup de pied dans fourmilière bien-pensante de la charité chrétienne. Ici, pas de détours, ni de bons sentiments : celui qui était avocat et travaille maintenant chez Emmaüs par besoin de sens dans le travail, ne mâche pas les mots de la rue, qu’il connaît bien.

Les odeurs, les refoulements, le vocabulaire, rien ne vous sera épargné. La vie dans la rue, c’est dur, ça pue, et c’est moche. Votre sourire entendu aux SDF lorsqu’ils vous demandent une pièce n’y changera rien : votre sourire, ça ne remplit pas leur assiette, et ça ne les loge pas ! Et quand vous leur donnez une pièce, oui, ils peuvent l’utiliser pour acheter de l’alcool et de la drogue, c’est d’ailleurs sûrement ce qu’ils vont faire pour tenter de survivre un jour de plus alors que leur pote vient de crever sous les yeux. Vous savez, la gangrène, ça arrive.

Eux, v-nous

Sans jugement aucun, l’auteur tente de guider notre esprit critique au travers de son expérience de terrain dans la rue. J’ai été bouleversée après la lecture de ce roman, moi qui oui, offre un sourire aux sans-abris lorsque je les croise, si je n’ai ni monnaie ni nourriture sur moi. Mais surtout, ce que le roman offre, c’est de l’empathie. Ca vous fait changer de point de vue. Vous pensez au roman en croisant ces Ersnt, Jul, ou Ilmya. Parce que Ernst, Jul, ou Ilmiya, a pourrait très bien être vous ou moi.Un divorce, le chômage, pas d’argent de côté pas de famille pour nous héberger, engrenage, grain de sable, château de cartes qui s’écroule.

Une belle claque d’humanité ! A lire !

(3,5 / 5) Tom-Louis Teboul, Vies déposées, Seuil, 2018, 19 EUR

 

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