Eugène Onéguine, sous forme de poésie 2.0

Eugène Onéguine, sous forme de poésie 2.0

Eugène Onéguine

Tatiana ne s’y attendait pas, elle a croisé Eugène par hasard dans le métro. Que se dire après tant d’années ? Après Olga, après Lensky surtout. Tatiana, du haut de ses quatorze printemps, coule un doux été au milieu des livres. Sa soeur, Olga, de trois ans son aînée, n’a d’yeux que pour son Lensky transi, avec lequel elle plonge dans de doux après-midis sucrés. Eugène accompagne son cousin courtsian, et se voit obligé à partager son temps avec Tatiana. Ces moments suspendus avec la petite sœur ne sont lui sont finalement pas désagréables. Tatiana, elle, les sublime parfaitement. Jusqu’au drame. Comment ne pas y repenser dix ans plus tard, elle qui pourtant vit pour son travail, elle qui n’a plus pensé à lui depuis tant d’années après qu’il l’ait rejetée sauvagement ?

Plongée dans les sentiments absolus de l’adolescence

A 14 et 17 ans dans les années 2000, Tatiana et Eugène, avec leurs conversations MSN et le trombone de Microsoft Word nous propose son aide à l’ouverture d’un nouveau document (vous l’aviez également oublié, non ?) nous replongent dans notre propre adolescence. Cette histoire de Tatiana, la rêveuse, et d’Eugène, le ténébreux, pourrait être la nôtre. Des sentiments forts, absolus, comme seul l’adolescence peut en générer. Mais la rencontre fortuite de nos deux personnages ne pourrait-elle pas raviver ces transports oubliés ? De notre point de vue de lecteur, guidé par la narratrice omnisciente, nous observons les deux ex-tourtereaux se tourner autour encore, en espérant la fin heureuse. Cependant, nous comprenons très vite que le drame ayant précipité la fin de ce qui avait constitué un si bel été annonce celle de l’histoire amoureuse.

Constriction graphique en vers

Si l’histoire nous est connue, l’originalité du récit tient à sa construction graphique en vers. Tout en respectant la structure originelle en vers du roman de Pouchkine, l’adaptation de Clémentine Beauvais aboutit à un roman visuel où la disposition des mots apporte une dimension supplémentaire à sa compréhension, à la manière par exemple d’Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer.

 

Encore, les remarques de la narratrice à l’égard des personnages ou du lecteur sont un plus appréciable.

« ils me font bien rigoler, ces deux-là, personne n’est dupe.

Quand ça fait trois heures et demie qu’on bavarde,

            Tu sais très bien et moi aussi qu’il y aura

Tous un tas de frôlements (…) »

 

Une très belle découverte de la plume de Clémentine Beauvais, que je vous recommande vivement !

(4 / 5)Clémentine Beauvais, Songe à la douceur, Points, 2018, 264 p ., 7,4 EUR

Lecture commune avec Adélaïde, du blog amour des mots. Retrouvez sa chronique ici !

 

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4 Commentaires

  1. 27 juin 2018 / 8 h 10 min

    J’ai adoré ce roman atypique !

    • Aurore
      2 juillet 2018 / 19 h 52 min

      Il était doux et beau à la fois 🙂

  2. 11 juillet 2018 / 15 h 20 min

    UN très très gros coup de coeur pour moi ! Je découvre ton blog, j’aime beaucoup ! Je suis belge aussi …

    • Aurore
      18 septembre 2018 / 15 h 20 min

      Je te remercie Christelle! Bienvenue sur le blog, et vive notre Belgitude 😉

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