Quand d’E-CRI-RE, il ne reste que CRI

Quand d’E-CRI-RE, il ne reste que CRI

Avec toutes mes sympathies, le premier roman de la critique littéraire d’Olivia de Lamberterie vous happe tandis que l’auteure retient sur papier son frère, lui qui déjà s’échappe. Quand é-cri-re se décompose et qu’il ne reste que le « cri ». Un coup de cœur au sein de cette rentrée littéraire, que vous pouvez lire les yeux, contrairement au coeur, fermés.

Lire les mots des autres avant d’écrire les siens

J’étais déjà conquise lorsqu’Olivia a pris le micro un soir de juin, pour parler de son roman une des toutes premières fois, à Lille. La journaliste que l’on peut percevoir dans son rôle professionnel comme pleine d’assurance n’était pas encore rôdée à l’exercice de se retrouver de l’autre côté du miroir, celui de l’auteure. L’humilité se dégageait des paroles de celle qui a lu les mots des autres avant d’écrire les siens.

Ecrire par nécessité

Lorsque ce double, son frère, a décidé de mettre fin à ses jours, la colère l’a envahie. Colère contre ces médecins, incapables de le guérir, incapables de comprendre la source du mal-être de cet être pourtant si bon, si créatif, si pétillant, si sensible, à fleur de peau.

Elle découvre alors par hasard un message de son frère qu’il lui a adressé de son vivant : « Ecris ce livre ». Alors, écrire, elle l’a fait, par nécessité. Lire ne la comblait plus, elle n’y parvenait simplement plus.

« Ce livre qui n’aurait jamais dû exister, puisque tu n’aurais jamais dû mourir. »

E-CRI-RE, ce mot qui en lui contient le CRI qu’elle se devait de pousser, ce cri de louve qui ne peut se résoudre à perdre son Alex, son autre. Ecrire, quand aucune autre alternative ne s’offre à vous, écrire pour ne pas mourir.

Ecrire pour se souvenir. De cette famille bourgeoise dans laquelle les émotions étaient tues. De ses passages en hôpital psychiatrique lui qui semblait presque résigné, semblant avoir la sagesse de ceux qui savent qu’ils périront.

« On va te sortir de là.

Non, je suis bien ici. »

« Malade ou lucide? Je ne peux pas m’empêcher de le trouver clairvoyant. La société dans laquelle on vit mérite-t-elle tellement qu’on s’y attache ? »

Ecrire pour ne pas qu’il meure, écrire pour le faire vivre

« Et si Alex était partout, dans les mots, dans les plumes des oiseaux.
Alors ce serait si beau. »

A lire les yeux, contrairement au coeur, fermés

Loin d’un énième roman auto-fictionnel, d’outil de psychothérapie supposé panser les plaies de la vie, Avec toutes mes sympathies constitue une ode à l’amour fraternel, qui, selon le vécu du lecteur, se transformera en amour filial, maternel, amical ou encore amoureux. Olivia de Lamberterie parvient en effet à sublimer l’amour en vous le faisant vivre, ressentir par l’ensemble des pores de votre peau. Je mets au défi quiconque de ne pas songer à l’une de ses propres pertes en se plongeant dans ce premier roman émouvant, au mot juste et ô combien sincère.

Un coup de cœur au sein de cette rentrée littéraire, que vous pouvez lire les yeux, contrairement au coeur, fermés.

(4 / 5)Olivia de Lamberterie, Avec toutes mes sympathies, Stock, 2018, 256 p., 18,50 EUR

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1 Commentaire

  1. 30 août 2018 / 13 h 31 min

    Un texte qui fait tant parler de lui !
    A juste titre semble-t-il…

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