Le temps de la vraie vie, celle d’avant

Le temps de la vraie vie, celle d’avant

Remonter le temps jusqu’à la vie d’avant

Gilles et sa soeur vivent avec leurs parents dans un lotissement, aux journées rythmées par la joyeuse musique du glacier. Cette sœur, au prénom inconnu, n’a pas le droit à la chantilly. Complice de sa gourmandise, le charmant monsieur lui en sert malgré tout, le siphon lui éclate au visage. Le drame. Gilles assiste à la scène, tétanisé. Lui qui n’était que gentillesse et sourires, le voilà méchanceté et visage clos.

Trouver un moyen de sauver son frère de ce cauchemar, de cette vie qui n’est plus que l’ombre de la première, la seule, la vraie. Telle une Marie Curie des temps modernes, elle fonce tête baissée et décide de créer une machine à remonter le temps, celui où le siphon n’a pas encore éclaté.

Elle ne sait pas encore comment y parvenir alors que son père n’envisage les rapports humains que dans un rapport proie / prédateur et qu’il ne tient évidemment jamais le rôle du plus faible.

“En bas, mon frère était déjà dans le hall d’entrée. Mon père m’a fixée pendant que je descendais les escaliers, comme s’il détaillait chaque partie de mon corps. Comme s’il se demandait laquelle il allait choisir de clouer à un socle en bois sur son mur de trophées.”

Elle ne sait pas comment y parvenir alors que sa mère n’est que, de ses propres mots, une amibe.

“Je n’ai jamais ressenti grand-chose pour ma mère, si ce n’est une profonde compassion. A la seconde où mes yeux ont déchiffré ces cinq lettres cette compassion s’est instantanément dissoute dans une flasque de mépris noir et puant.”

Peu importe. Une seule chose est certaine : elle va réussir.

 “Je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire : “Tu vas voir, tout va s’arranger.” Il a froncé les sourcils, au-dessus de sa moustache de lait. 

“De quoi tu parles?

– Rien, tu verras” “

Pas d’erreurs de jeunesse à pardonner, ce roman est une pépite

Adeline Dieudonné n’est pas totalement étrangère du paysage littéraire belge puisqu’elle avait remporté le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour sa nouvelle, Amarula. La Vraie Vie a toutefois ceci de particulier qu’il s’agit d’un premier roman, par définition auquel on pourrait pardonner certaines erreur de jeunesse. J’ai cherché. Je n’ai pas trouvé d’erreurs à pardonner.

Ce roman pique. Il est vif, frais, exaltant. Il vous parle de l’enfance, des rapports au père, à la mère, de la grande intelligence de cette enfant surdouée dont on ne connaît pas le nom, de la dure réalité de la vraie vie, et de celle que l’on s’invente, que l’on se crée car la seule, la vraie, ne correspond plus à ce qu’elle était. Le choc, le traumatisme, de ce frère que la fillette charmante souhaite délivrer non pas grâce à un cheval blanc mais avec toute la puissance de son imaginaire, de ses connaissances et de sa soif d’apprendre.

Une pépite dont on entendra beaucoup parler, croyez-moi.

Adeline Dieudonné, La vraie vie, Iconoclaste, 2018, 266 p.

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1 Commentaire

  1. 2 septembre 2018 / 9 h 23 min

    Il fait partie de ces titres de rentrée que j’ai très envie de découvrir.

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