“Je découvre que l’absence a une consistance”

“Je découvre que l’absence a une consistance”

Que dire lorsque la plume d’un écrivain caresse notre inconscient ?

Arrête avec tes mensonges raconte l’histoire d’amour adolescente de Philippe et Thomas. Philippe est conscient de sa différence, il se sait homosexuel depuis l’enfance. A 17 ans, il rencontre Thomas, dont il tombe éperdument amoureux. Thomas Andrieu. Ces seuls mots ont l’effet d’une douce brise pour Philippe. Thomas ne semble quant à lui pas de ce monde-là. Il plaît aux filles et le leur rend bien.

Ce qui ne l’empêche de fixer un premier rendez-vous à Philippe. Loin du lycée. A l’abri des regards. Faire l’amour. Ne pas se parler, ou si peu. Thomas le taciturne. Garder leur relation secrète. Vivre ce doux été “parce tu partiras et que nous resterons”.

Je découvre que l’absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d’un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit un espace indéfini, où l’on ne possède pas de repères, où l’on pourrait se cogner, où l’on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l’absence, c’est d’abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors

Le mensonge. De son identité. La perte. De sa jeunesse. De sa vie. L’amour. Le vrai. Le ressentir, et mourir. Capri c’est fini, et dire que c’était la ville de notre premier amour, comme le mentionne Philippe Besson dans ce roman autobiographique.

De Thomas Andrieu, nous percevons la chute dès la première dédicace : « A Thomas Andrieu. 1966 – 2016 ». Nous pressentons la fin imminente, sans savoir à quels aléas de la vie Thomas finira par succomber.

Je me demande si la froideur des pères fait l’extrême sensibilité des fils

De la manière la plus simple, la plus simple et la plus belle qui soit, Philippe Besson rend hommage à son premier amour. Cet amour qui voyait Philippe Besson non pour ce qu’il était mais pour ce qu’il allait devenir. D’une grande lucidité et d’une extrême bienveillance envers l’amour, l’auteur touche. Il émeut. Le mensonge et la perte d’identité mêlés à la souffrance d’un homme m’ont remuée. En plein cœur. Là où la littérature peut faire mal, là où elle peut aussi faire énormément de bien.

Avez-vous remarqué comme les paysages les plus beaux perdent leur éclat dès que nos pensées nous empêchent de les regarder comme il faudrait ?

Un chef d’œuvre

(4,5 / 5) Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, Pocket, 2018, 160 p., 6,9 EUR

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