Littérature et cinéma

Littérature et cinéma

Pour cette sélection du jury de septembre, le roman et le document conjuguent la littérature avec le cinéma

ROMAN

De Maria Schneider, je ne connaissais que la scène de la motte de beurre du film polémique « Le Dernier tango à Paris », dans laquelle Marlon Brando simule sur elle un viol par sodomie tandis qu’elle laisse couleur le long de ses joues des larmes bien réelles.

Le réalisateur, Bertolluci, désirait en effet capter l’essence de la femme, non de l’actrice, dans une telle situation et avait dès lors jugé bon de ne pas l’en informer. Il dira, 40 années plus tard :« Et je pense qu’elle nous a haïs, moi et Marlon Brando, parce que nous ne lui avons rien dit de cette séquence, de ce détail, l’utilisation du beurre comme lubrifiant. Je me sens très coupable de ça.»

« Tu n’as jamais revu ton bourreau, sauf une fois, des années plus tard, à l’occasion d’un festival de cinéma au Japon. Tu ne savais pas qu’il s’y trouvait aussi. Tu sortais d’une salle de projection et tu t’étais retrouvée nez à nez avec lui. Il semblait très gêné. Quelqu’un a fait mine de vous présenter comme si, avec le temps, vous ne vous étiez pas reconnus. Il a tenté un “bonjour”. Tu lui as répondu, comme une gifle : “je ne connais pas cet homme.” La réplique prononcée par Jeanne, ton personnage, après avoir tué Paul-Marlon à la fin du Tango. »

Abandonnée par sa mère, délaissée un temps par son père, la jeune femme de 19 ans ne pense pas à demander la suppression de la scène. Le film à l’époque de sa sortie est qualifié de pornographique et l’image de Maria à tout jamais assimilée à ces quelques minutes enregistrées sur pellicule. Son nom sali, sa réputation détruite, les rares rôles qu’on lui propose se font sulfureux, son prénom de vierge la rapprochant plus aux yeux de tous de la putain que de la mère.

La jeune Maria vacille alors entre coke et héroïne, qu’elle tient pour seules fidèles compagnes, bien qu’elle trouve de temps en temps refuge au sein du foyer très engagé et bohème de son oncle et sa tante, les parents de l’auteure. Vanessa admire sa célèbre cousine autant qu’elle la craint, ses sautes d’humeur se faisant imprévisibles et incontrôlables.

« Parfois, au cours de rencontres familiales, tu faisais allusion à ce livre. Tu disais que tu n’étais pas encore prête, mais que nous le ferions un jour. Je faisais semblant de te croire, je me doutais que tu ne t’y résoudrais jamais. Je savais alors que je l’écrirais seule. Non pas ton histoire, qui t’appartient et dont je sais finalement si peu de choses, mais la nôtre. »

Et c’est donc par alternance d’ombre et de lumière que Vanessa nous décrit la vie de sa cousine, seule, mettant en œuvre la promesse qu’elle lui avait donnée de l’écrire à quatre mains.

Par ajout de nuances, elle densifie le portrait de Marie, lui fait prend forme sous nos yeux. Maria n’est plus cantonnée au rôle de victime qu’elle a pu être et ne se résume pas à ses shoots. Vanessa Schneider a réussi son pari : Maria, qui s’en est allée en buvant du champagne, “debout, la tête haute, légèrement enivrée. Avec panache”  était une, indivisible, nuancée.

POLICIER

Qui est donc Manfred Baumann? Cet homme taciturne, célibataire, directeur de banque, ayant ses habitudes à la Cloche d’Or, le restaurant où travaille la jeune Adèle jusqu’à sa disparition.

Georges Gorski, l’inspecteur en charge de l’enquête ne parvient pas à répondre à cette question. Il ne comprend pas celui qui semble s’obstiner dans ses réponses. Il ne lâchera pas l’affaire, surtout qu’elle lui rappelle étrangement son premier crime élucidé. Entre les deux hommes, l’étau va se resserrer.

Tout commence à la préface, où l’auteur se joue avec brio de ses lecteurs, en nous expliquant le lien entre le film de Claude Chabrol « La disparition d’Adèle Bedeau », et cette « nouvelle » édition du roman. Encore une fois, l’auteur de L’Accusé du Ross-shire, sélectionné pour le Booker Prize, frappe fort. En deux cent pages, il parvient à installer une tension entre les deux personnages principaux dont la psychologie est passée au peigne fin.

L’auteur écossais ne laisse rien au hasard : d’une main de maître, il tire les ficelles d’un jeu de dupe. De quoi faire apprécier le genre aux lecteurs non habitués des romans policiers !

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