Les voyages forment la jeunesse

Les voyages forment la jeunesse

J’ai toujours apprécié la littérature ou même le cinéma sous forme de road trip. Je suis une adepte de la maxime « les voyages forment la jeunesse », et l’idée d’accompagner des personnages dans leurs pérégrinations voyageuses m’emporte avec eux.

Je souhaitais vous présenter deux romans au goût de road trip littéraire: « Bicyclettres » et « Le silence du moteur ».

(4 / 5) Bicyclettres, Jean-Acier Danès

Lorsque j’ai lu le prénom de l’auteur de la première fois, je me suis dit “Mais qui, qui donc, dans la vraie vie, s’appelle Jean-Acier? Quels sont les parents assez fous pour affubler leur enfant d’un prénom si peu commun?”. Ca, c’était avant de lire Bicyclettres. A prénom peu commun, personnage qui l’est encore moins. 

Entre 2015 et 2017, le jeune homme a décidé de sillonner la France (mais pas que), à vélo, à la rencontre des auteurs classiques. Il a commencé à raconter ses détails de voyage, qui ont tout à fait formé sa jeunesse, au travers d’un blog, dont les billets sont aujourd’hui effacés, très médiatisé.  De ce succès médiatique, il tire profit afin de continuer son périple littéraire raconté cette fois au travers d’un roman!

Imaginez. Jean-Acier, sur son deux roues, à moins de 20 ans, parcourt quelques 200 kilomètres quotidiens afin de rencontrer les fantômes de ses auteurs préférés. De ces visites, il tient des carnets de route qui, mis à bout à bout, forment le livre que je tiens aujourd’hui entre les mains. 

J’étais allé de Proust à Balzac, à rebours des époques, remontant un immense courant littéraire à travers la France : ce cheminement possède à bien des égards une justification. Proust a joué avec La Comédie humaine : le duc de Guermantes, se réfugie dans sa bibliothèque pour lire Balzac plutôt que d’assister aux mondanités de son épouse.

Alliant à la merveille ses deux passions, la littérature et le cyclisme, ce jeune homme au prénom hors normes nous livre un ovni littéraire au style densément riche et au langage soutenu.

Je continue d’avancer. A la fin du parcours, je chantonne cette fois A bicyclette d’Yves Montand. Bien heureux celui qui n’aura jamais à entendre ça. Imaginez une sorte de trille incertain entre des graves et des airs superposés que coupent les entrechocs de mon vélo avec les pierres. Vaste moment de solitude, car je ne connais que les paroles. La mélodie encore une fois, s’est évanouie dans ma mémoire et je me transforme en assassin des rythmes.

Une très belle découverte que je vous recommande absolument! 

Jean-Acier Danès, Bicyclettres, Seuil, 2018, 17 EUR, 224 p.

(3,5 / 5) Le silence du moteur, Olivier Lebé

Romy est une adolescente française expatriée à Los Angeles. Elle pourrait vivre comme chaque jeune fille de son âge, profiter de cette expérience pour rencontrer de nouveaux amis et endroits, mais son côté border l’en empêche. Elle erre dans une espèce d’absence permanente, de lourde légèreté au-dessus des hommes et des lieux. A plusieurs reprises, elle ne ressent plus la joie de vivre et l’exprime, poussant son père dans un désarroi total.

Aujourd’hui, on dit qu’elle est « borderline », état limite, entre les vivants et les morts, une petite case où l’on place ceux, principalement celles, qui manifestent un sentiment de vide, des comportements autodestructeurs, des tendances suicidaires. On peut aussi appeler cela l’adolescence ou la condition humaine. Autant convenir que l’existence est une maladie. Cinquante pour cent de la population mondiale est amenée à souffrir d’un désordre mental, sous forme de troubles anxieux ou dépressifs, d’addiction à des drogues ou à l’alcool. L’autre moitié ne m’inspire pas confiance.

Ce père, que la musique habite, l’emmène alors dans un de ses road trips le long des freeways, ces très longues routes américaines gratuites. Michèle, André et Blake, tels des compagnons de fortune, ne les quitteront plus.

Pas de surprise qu’Olivier Lebé soit compositeur : son écriture est musicale. Au-delà des nombreuses références retrouvées au sein de chaque chapitre et référencées en fin de roman, l’écriture se fait rythmée, elle balance, tape des pieds et claque des doigts.

Romy trouve dans la monotonie de nos trajets un repos plus nécessaire à son âme qu’aucune parole, qu’aucun sommeil ; la vitesse l’arrache à l’attraction du vide, le déplacement mécanique soulève ses pensées, les projette vers l’horizon. Il faudrait ne plus s’arrêter, le temps qu’elle grandisse, qu’elle change d’âge. La route écrase le temps.

Une allégorie de la vie au travers de ce road trip sur quatre roues, de la quête de la liberté le vente dans les cheveux. A lire pour fuir la monotonie et swinguer avec la vie !

Olivier Lebé, Le silence du moteur, Allary, 2018, 17,90 EUR, 167 p.

 

 

 

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