Une jeunesse au Moyen-Orient, l’Arabe du futur

Une jeunesse au Moyen-Orient, l’Arabe du futur

Je ne vous présente plus l’Arabe du futur, cette série à succès de Riad Sattouf, récit autobiographique de son enfance, partagée entre la France, pays natal de sa mère, la Syrie, celui de son père, et la Lybie de Kadhafi. L’histoire était évidemment complexe, et le décor était planté dès le tome 1 : le petit Riad évoluait au confluent de ses différentes cultures, non sans en relever parfois quelques difficultés de compréhension, le plus souvent hilarantes.

L’attente fut longue avant la sortie de ce tome 4, épilogue supposé d’une partie de l’histoire, le passage du côté obscur de la force du père, admirateur de Khadafi. L’évolution de ce personnage, à mille lieux de ses années fac à la Sorbonne, lieu de rencontre de la mère de Riad, va sonner le glas du couple parental.

Copyright Allary 2018 – Riad Sattouf

Du rire à la mine grave

Le ton n’a pas particulièrement changé par rapport aux tomes précédents: le petit Riad nous fait rire aux éclats quand il aborde par exemple sa fascination pour le dessin animé Juliette je t’aime ou nous représente la manière dont il perçoit physiquement les jambes d’une fille. Le joli blondinet fait place à un ado quelque peu boutonneux pour lequel le mélange de cultures apporte son lot de difficultés supplémentaires. Mais la métamorphose de Riad n’est pas la plus spectaculaire : la transformation idéologique du père constitue le pivot autour duquel la narration se construit. L’incompréhension et la stupéfaction se substituent alors aux rires. Et c’est la mine grave que l’on parcourt alors à nouveau le bleu des planches bretonnes et le rose des syriennes.

Nul besoin cependant d’avoir lu les tomes précédents pour apprécier le quatrième, bien que ce dernier constitue en quelque sorte l’aboutissement des trois précédents, livrant enfin le secret de famille auxquels les précédents nous amenaient lentement.

Un succès mérité

Impossible de passer à côté du phénomène l’Arabe du Futur, dont le tome 1 a été récompensé par le Fauve d’Or d’Angoulême, avec son un million et demi d’exemplaires vendus dans le monde et sa traduction en 22 langues , sauf en Arabe.

Les clés de ce succès sont multiples : l’incroyable talent du scénariste capable de raconter de manière plutôt drôle des événements dramatiques, un code couleur géographique (planches bleues pour la Bretagne, roses pour la Syrie), un personnage principal adorable, une histoire résonnant dans l’actualité et une montagne de souvenirs dessinés d’un trait reconnaissable entre mille.

Elles sont à mon sens largement méritées. Riad Sattouf parvient à sublimer son secret de famille du trait de son crayon, ce que font les artistes.

Lisez-le, offrez-le à Noël, pas besoin d’avoir forcément lu les autres tomes pour en profiter pleinement.

Et pour prolonger votre plaisir, n’hésitez pas à vous rendez au Centre Pompidou du 14/11/2018 au 11/03/2019 pour une expo consacrée à Riad Sattouf, peut-être qu’on s’y croisera ! En plus, l’entrée est libre. Elle est pas belle la vie ?

  (4 / 5)Riad Sattouf, L’Arabe du futur, Allary, 2018, 288 p., 25,90 EUR

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