Carlos, ce terroriste aux faux airs de dandy

Carlos, ce terroriste aux faux airs de dandy

Le Figaro, mai 2013 : un article consacré à Carlos, le terroriste vénézuélien enfermé dans une prison française, le décrit tel un dandy, « dégustant son moka dans de la porcelaine fine, déjeunant sur une nappe brodée ». A la lecture de cet article, le sang de journaliste de Sophie Bonnet ne fait qu’un tour : elle doit rencontrer cet homme. S’en suit une demande de parloir, finalement acceptée. Puis tant d’autres.

Pendant quatre ans, elle rencontrera presque chaque week-end le terroriste Ilich Ramirez Sanchez, ancien commandant du Front populaire de la Palestine, cerveau entre autres méfaits des attentats du Drugstore Publicis en 1974. Se construit une relation entre fascination, curiosité, et haine. Le personnage de Carlos se distingue d’Ilich, l’homme sanguinaire aux remords inexistants côtoie le dandy démodé, dragueur invétéré, évoluant dans les chimères de sa gloire d’antan.

Je suis née en 1987. Pour ma génération, l’évocation du nom Carlos fait apparaître dans nos têtes de trentenaires un bonhomme rond très sympathique, aux chemises colorées, ayant inspiré un dessin animé. Pour les générations précédentes, Carlos est le surnom du terroriste Ilich Ramirez Sanchez.

Le roman de la journaliste Sophie Bonnet reprend, au cours des parloirs avec le détenu, sa vie de terroriste : l’attentat du Drugstore, la prise d’otages du siège de l’OPEP, l’argent de la rançon qu’il aurait touché, la cavale au Liban, en Libye puis en Syrie , d’autres attentats à la bombe, son arrestation et plusieurs procès. En parallèle, elle retrace sa vie d’homme, obsédé par le sexe, qui vit dans le souvenir de ses heures de gloire, se considérant au-dessus de la mêlée des détenus. L’autrice tente de percer la part d’humanité dans le monstre pendant plus de quatre années. Elle y partage le malheur de ces femmes dociles , mères, épouses, maîtresses, filles, cousines, sur lesquelles reposent l’équilibre de la prison. Comme elle nous l’explique cependant, Carlos, on est avec ou contre lui. Aucune demi-mesure.

Au-delà de la narration de l’histoire de Carlos, Salutations révolutionnaires nous plonge (suite en commentaires) au coeur de l’univers carcéral, de son inhumanité, de son rapport aux détenus et à leurs dociles femmes.

A lire!

(4 / 5) Sophie Bonnet, Salutations révolutionnaires, Grasset, 2018, 320 p., 19 EUR

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