Nous ne sommes pas de mauvaises filles

Nous ne sommes pas de mauvaises filles

Troisième tentative de la mère de Maud. Avec un peu de chance, elle sera sur pieds dans quelques semaines. Un appel à l’aide, un de plus, pour cette femme à laquelle Maud ne veut momentanément plus rendre de visite. Elle ressent en effet le besoin de prendre du recul, de continuer à écrire. Elle se remémore son enfance, avec Marie sa sœur bien aimée. Elle les revoit avec leurs petites valises emménager dans une maison puis dans une autre, chez l’amant de maman, Néron, dans la Villa blanche, puis retourner chez papa, dans la Maison noire. Elle vit à nouveau ces allers-retours dictés par les amours versatiles de sa mère, elle qui a vécu tant de vies en une seule, séductrice, exploratrice, égyptologue, mère, femme.

Dans la maison du Nil bas, du nom de la dernière demeure de sa mère, elle parcourt une à une les pièces, hume les souvenirs et les dépoussière, au point d’en découvrir d’autres, intentionnellement enfouis.

Valérie Nimal frappe fort. Dès la dédicace, « A toutes les filles, à toutes les sœurs, à toutes les mères, aux mégères, aux furies, aux harpies, aux diablesses, aux chipies, je dis ceci : dansez la tarentelle, frappez des pieds ! (…) », cette Belge (cocorico !) nous prend aux tripes. L’histoire sera avec nous, avec nous toutes, avec nos faiblesses et nos folies, ou ne sera pas. 

Par une division des chapitres en parties dans lesquelles les chiffres et les lieux ont leur importance, tels que « troisième tentative », rythmée par une lente mais nécessaire ascension ou enfance, écoulée par année, l’autrice impose un rythme de métronome et une logique implacable au récit, contrastant avec le flottement de la narratrice. La structure sert de cadre à ce lieu où la tarentelle, cette danse italienne folklorique (que j’ai apprise en classe de danse en 4èmeprimaire, c’est cadeau), s’invite. 

L’autrice ne s’y est pas mépris : son roman virevolte telle une danse, joyeuse, dont les pas résonnent dans notre inconscient.  Maud m’a attendrie. Je la découvrais : une amie un peu fofolle me livrant ses secrets. 

Sous des travers joyeux presque loufoques de gaieté, Valérie Nimal nous conte une fresque familiale aux dehors tragiques. La maladie d’une mère, la souffrance de ses filles, de ses proches. Une pépite de ce début d’année que je vous recommande absolument pour la corde qu’il vous fera vibrer.

Valérie Nimal, Nous ne sommes pas de mauvaises filles, Anne Carrière, 200 p., 18 EUR 

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1 Commentaire

  1. 12 janvier 2019 / 10 h 10 min

    Chère Aurore,
    La passion de lire vous anime. Votre esprit d’analyse, la conviction que vous avez à transmettre, font de vous une passeuse. C’est pour moi une joie sincère de recevoir votre critique si bien sentie. Sortir ce roman n’a pas été facile, 4 ans et demi de travail, d’hésitations, de remises en question. Ce qui fait que nous osons, finalement, aller jusqu’au bout du labyrinthe pour écrire, est sans doute d’écouter cette petite voix, que nous connaissons toutes, revenue des tréfonds de l’enfance. Votre critique de “Nous ne sommes pas de mauvaises filles” est un cadeau. Merci, et surtout, comme vous le soulignez, dansons, dansez, la tarentelle !

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