Yasmina et l’industrie agroalimentaire

Yasmina et l’industrie agroalimentaire

Yasmina face aux mangeurs de patates

Yasmina a pour seule passion la cuisine. Le soir, cette petite fille pour qui la gastronomie en circuit court n’a aucun secret, prépare avec joie de bons petits plats. Quand il s’agit d’aider son père, serveur dans un fast-food, à joindre les deux bouts, la cuisinière en herbe n’est jamais à courts d’idées. Sa créativité se joue aux fourneaux et se consomme localement, sainement et de façon économe. Elle peut d’ailleurs compter sur ses amis Marco et Cyrille, ses voisins du jardin ouvrier. Mais cela, c’est sans compter leur soudaine éviction suite à l’achat des terrains par un grand groupe agroalimentaire bien décidé à vendre un produit miracle à l’addiction prouvée. Bientôt, les habitants de la ville auront des réactions canines. Y aurait-il un lien entre leur état de santé et la consommation de ce nouvel aliment déclaré miracle ? Comment Yasmina parviendra-y-elle à continuer à trouver des produits sains et non transformés à un prix concurrentiel ?

Un conte bio, local et de saison

Sous forme de conte, Yasmina et les mangeurs de patates plante le décor. Yasmina consomme presque bio, local et de saison. C’est bon au goût, sain et économique. Jusqu’à ce que l’industrie agroalimentaire poussées habitants de la ville à manger un aliment transformé à l’addiction certaine qui détrônera les fruits et légumes des rayons des supermarchés. Une métaphore à peine voilée de l’industrie agroalimentaire contemporaine. Sans nous jouer la morale caricaturée du « c’est mieux de manger local », « bouuuuh pas bien les grosses entreprises du secteur », l’auteur nous montre une facette des impacts des aliments transformés par des industriels sur la vie d’une famille et de son entourage. On y croise les amis, expropriés de leur jardin ouvrier, les collègues du papa qui deviennent accro mais qui n’ont pas forcément d’autres choix le midi que d’acheter de la nourriture transformée, on comprend la voisine chercheuse dans la domaine, on voit les étalages de l’épicier remplacés par le nouvel aliment miracle. On  assiste donc à une modification de la société dans son ensemble par l’alimentation.

Un coup de crayon de génie, au scénario original

L’auteur approche donc  une thématique vue et revue d’un point de vue plutôt original. Là où il aurait pu tomber dans les travers de la caricature, il développe ses thèmes autour du personnage de Yasmina, en constellations, allant du particulier vers le général.

Mais là où l’auteur frappe fort, c’est avec son coup de crayon. On y est, on y croit, on vit l’histoire. De petites cases que l’on croirait dessinées à l’aquarelle (peut-être est-ce le cas d’ailleurs?), avec de douces couleurs déposées par petites touches deci-delà qui parviennent à imposer un rythme, parfois sans texte pendant plus d’une planche. Bonus pour la scène de l’escalier que l’on descend puis remonte avec les yeux. Un trait qui appelle à l’harmonie, pour qui sait, parvenir à une paix alimentaire.

Copyright Dargaud, 2019
Copyright Dargaud 2019

(4 / 5) Wauter Mannaert, Yasmina et les mangeurs de patates, Dargaud, 2019, 144 p., 16,50 EUR

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